Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Pourquoi la France est-elle aussi intransigeante en Corse ?

Rédigé le Mercredi 7 Février 2018 à 09:21 | Lu 666 fois




De nombreux internautes se posent cette question. L’attitude française est-elle dictée par des intérêts majeurs qui nous échapperaient ? Tantôt on évoque des raisons  économiques ; la Corse est une merveille de la nature qui est susceptible de fournir des devises fortes par le canal du tourisme ; parfois, on pense à la stratégie ; l’île, en Méditerranée a été convoitée de tout temps et son histoire tumultueuse atteste des appétits chroniques de Rome, de Pise, de Gênes l’Angleterre, d’Aragon, de Naples…., du fascisme ; plus probante est la présence du camp de la Légion étrangère à Calvi ; cette force d’intervention exceptionnelle, de grande qualité, a intervenu à Kolwezi, en Afrique où elle veille sur les intérêts franco-africains, protégés par les accords de coopération et de solidarité militaires  avec la France, sans oublier l’uranium du Niger. La France a l’ambition de demeurer une grande puissance en Méditerranée – un rêve avorté de Sarkozy- ; la Base aérienne 126, de Solenzara, a une  importance stratégique d’une autre dimension; puisque, « désOtanisée » par De Gaulle, elle demeure un excellent terrain d’entrainement et de manœuvres ; elle permet les opérations au Moyen Orient, en Afrique… Les inquiétudes de la France dans ces domaines sont infondées car l’Autonomie Interne attribue à l’Etat central les pouvoirs régaliens (Affaires étrangères et Défense nationale notamment).En cinquante ans de contestation insulaire, il n’a jamais été dérogé à ce choix qui s’inscrit dans la politique de sécurité de la France.

En fait, la véritable raison de l’intransigeance française est politique ; la France est un état hyper centralisé, habité par son passé colonial et  ses rêves enfuis de grande puissance mondiale. Seuls la stature, le courage et le talent du Général de Gaulle ont pu faire illusion un certain temps. Lui a succédé le temps des  réalités qui lui confère un statut de puissance moyenne, dotée quand même de la puissance nucléaire et du droit de véto à l'ONU. Elle s’est bâtie sur le modèle monarchique puis jacobin, annexant toutes les provinces et rabotant les identités régionales .En matière de décentralisation, elle n’est pas un bon élève ; elle est regardée avec moquerie par les Pays ou, en Europe, vivent en paix  quatre-vingt statuts d’autonomie et trois cents millions d’européens, dans le régionalisme ou le fédéralisme politiques.

 La France ne peut pas admettre et surtout accepter que, après une tutelle coloniale,  sans concession en Corse, tutelle  qui dure depuis deux cent cinquante-neuf ans, un petit peuple de gueux conteste sa suprématie et remette en cause l’ordre établi qui était espéré éternel. L’orgueil nationaliste français, sa prétention à diriger l’Europe, compte tenu du syndrome de culpabilisation de l’Allemagne,  ne supporte pas les velléités d’émancipation du peuple corse ; mais il  perdra la partie car celui-ci  est adossé à une soif insatiable de démocratie, de liberté, de dignité et surtout au droit universel des peuples à être reconnus et respectés.

Lozzi le 7 Février 2018
 


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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