Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Lettre aux femmes Corses

Rédigé le Mercredi 29 Novembre 2017 à 11:41 | Lu 356 fois


Mesdames,

Je porte depuis très longtemps, un vif intérêt à la condition féminine et à son évolution dans le monde ; en effet, j’avais publié en 2008, un ouvrage « Lettre aux femmes corses » dont j’avais précisé qu’il n’avait aucune connotation ethnique, mais qu’il s’adressait au femmes qui vivent en Corse et qui en partage le destin collectif.
J’avais publié à l’époque l’historique sommaire de la cause des femmes dans le monde sous le titre « Lettre aux femmes corses, historique ».
(voir ci-dessous).
Naturellement, je me suis plus particulièrement intéressé à la Corse, car ayant grandi en milieu rural et ayant exercé mon métier de médecin, j’ai pu vivre à leur contact et observer et leur mode de vie et leur statut.
Je suis persuadé « que la société politique, profondément machiste, ampute l’île d’un capital humain riche de potentialités importantes et la prive d’un atout majeur ».
Actuellement l’île compte environ 170 000 femmes, sans comptabiliser les femmes de la diaspora bien naturellement, qui sont partie intégrante de notre Peuple. Le législateur à été contraint en France de légiférer sur la parité en mars 2001, parce qu’à l’évidence les femmes subissaient une situation de profonde injustice et que la société était incapable d’y remédier.
Bien entendu, cette mesure tardive et contrainte ne peut combler un retard majeur si on compare le statut des femmes en Corse, avec celui par exemple de leurs homologues de l’Europe du nord ; tant au point de vue politique, que des disparités flagrantes et injustifiées que l’on peut constater au niveau des rémunérations ou encore des postes de responsabilité. Mais la société se féminise rapidement et aujourd’hui, les femmes ont fait irruption depuis longtemps dans la fonction publique, notamment hospitalière et éducative ou encore dans le secteur des professions libérales. Par contre, en Corse, sur le plan politique, elles ont certes atteint la parité numérique, mais certainement pas la parité politique. Et pourtant, l’évolution de leur nombre et de leurs qualifications professionnelles montre, qu’à un terme d’une dizaine d’années environ, elles occuperont très largement, les fonctions politiques. Ce qui sera une excellente chose, à condition d’accompagner cette évolution et ne jamais perdre de vue que, elles ont en charge de surcroît, la gestion des familles et en particulier l’éducation des enfants, dont il faut rappeler, qu’ils sont proches du chiffre de 60 000 dans le primaire et le secondaire.
Naturellement les femmes ont largement participé depuis 50 ans, à l’évolution de la société corse et à ses luttes multiformes, sur tous les plans. Aujourd’hui, à l’approche d’une solution politique inévitable qui accroîtra les responsabilités insulaires, elles doivent être chaque jour d’avantage partie prenante de l’évolution, tant dans la gestion de la société que dans la construction et le suivi d’une Corse nouvelle, en pleine gestation.
J’ai toujours travaillé de façon importante avec les femmes, notamment dans tous les collectifs depuis des décennies (environnement, santé, démocratie, incendie, précarité…) et je suis attentivement l’évolution de la Corse sur ces plans.
Les évidences sont là et sans être exhaustif, nous pouvons constater que la situation économique et sociale est difficile, que la Corse cumule des retards ; que l’arrivée de la Collectivité unique impose des challenges difficiles. En regard, la Corse dispose d’atouts très importants (richesses naturelles majeures, épargne de 10 millions d’Euros, une diaspora qui est un véritable terreau de compétences et de moyens, une Université, des progrès sensibles pour les nouvelles technologies et les énergies nouvelles…). La priorité devra être donnée à l’approfondissement et à l’enracinement de la démocratie, de l’éthique, de la qualité dans la gestion, avec en tête les préoccupations de l’éducation et de la formation.
Les femmes en Corse, ont donc un rôle essentiel à jouer dans l’avenir qui nous attend. Je n’ai jamais douté que dans la diversité de leurs opinions et dans le respect de tous leurs choix, elles seraient présentes pour participer à cet indispensable effort collectif qui doit progressivement mobiliser le Peuple corse pour créer une société de développement durable, plus juste, de démocratie, de solidarité et de paix.

Docteur Edmond Simeoni
29 novembre 2017


Lettre aux femmes corses - Historique 

Les sociétés ont toujours connu leur litanie interminable de guerres célèbres depuis l’Antiquité puis les funestes Croisades, du 11ème au 13ème siècle ; la France a subi une  guerre de plus de Cent Ans, de 1370 à 1453 ; les guerres de 1914-1918 ou 1939-1945 ont ébranlé le monde ; les guerres de décolonisation ont libéré des peuples tandis que les guerres actuelles (Irak, Moyen-Orient, Darfour), fruits amers de la misère, des injustices, sèment la désolation.
 
 Mais les sociétés ont vu aussi se développer la « Renaissance » en Italie et se propager à l’Europe ensuite au 15ème siècle ; ce « mouvement de rénovation culturelle et artistique », exceptionnel -n’a rien changé à la condition générale des femmes ; pas plus d’ailleurs que le « Siècle des Lumières », un formidable mouvement des idées, - en Europe, au 18ème siècle et dont on peut s’interroger pour savoir s’il n’a pas concrétisé et enraciné la supériorité des hommes.
 
La Révolution industrielle a été le phénomène majeur du 19ème siècle ; elle a marqué le passage d’une société essentiellement agricole à une société industrielle ; elle a eu lieu en Allemagne et aux Etats-Unis au milieu du 18ème siècle, en Grande Bretagne à la fin du 18ème siècle et en France au début du 19ème. L’urbanisation s’est réalisée progressivement ; en effet, en 1900 par exemple, la population mondiale habitait la campagne à 90°/° ; en 2030, 60°/° vivront en ville !!
 
L’Histoire a subi une accélération considérable depuis deux siècles : l’apparition des prises de conscience, la naissance des Etats-Unis en 1776,  les révolutions (1789 en France, 1917 en Russie avec Lénine , le nazisme et fascisme en 1934)  ont précédé la  décolonisation de 1946 à 1976, la naissance de l’Inde en 1947 avec Ghandi et de la Chine en 1949 avec Mao Zedong.
 
La naissance de l’Europe en 1951, l’effondrement du mur de Berlin en 1990, l’émergence de l’Asie, de l’Amérique du Sud, le réveil et le renouveau du monde Arabe, constituent la trame des cinquante dernières années.
 
Un regard rétrospectif montre le foisonnement des idées, l’organisation des sociétés : en effet, on a assisté à  la naissance des syndicats en 1884 en France , puis  des doctrines politiques ( marxisme et libéralisme), et enfin des théories et des pratiques d’émancipation de 1946 à 1976 (anticolonialisme, tiers-mondisme, ayant culminé à la conférence des non-alignés de Bandoeng, en Avril 1955  qui a choisi le principe du neutralisme politique).
 
Quelle a été l’incidence de tous ces bouleversements sur la vie des femmes ? Globalement, leur situation générale s’est mécaniquement améliorée avec les avancées considérables  des sociétés mais leur statut spécifique n’a pas progressé de manière proportionnelle ; elles ont toujours subi la domination des hommes dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale ; les discriminations sont devenues naturelles, au fil des siècles ; qu’elles aient été rurales et agricultrices puis, plus tard ouvrières et employées, qu’elles aient connu la paix ou enduré les guerres, les femmes ont toujours été, avec les enfants, les plus grandes victimes des secousses de l’humanité.
On est frappé de voir comment , de tels  changements économiques, sociaux, culturels, sociétaux, de telles révolutions, étalés sur quatre siècles, porteurs de progrès considérables, n’ont pas eu peu d’effets décisifs sur la condition féminine jusqu’à 1950 environ et même jusqu'à aujourd’hui dans un très grand nombre de Pays ; ces évènements majeurs n’ont-ils pas contribué a accréditer la thèse que les femmes ne pouvaient pas les impulser et qu’elles devaient être confinées dans les tâches subalternes, principalement domestiques ?
 
Docteur Edmond Simeoni
Mars 2008 
 
 

 
 
 
 


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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