Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


L'eau en Corse 2017

Rédigé le Lundi 26 Février 2018 à 09:04 | Lu 1066 fois


Comme une musique sempiternelle, la question de l'eau en Corse, revient périodiquement , quand la sécheresse menace. Que le problème soit posé depuis 50 ans et qui n'ait jamais été pris à bras le corps est une évidence; d'autant que la ressource hydrique est présente.
Xavier Belgodère, ancien secrétaire général de l'UPC, et cadre en retraite de l'OEHC, qui a dirigé les ouvrages hydrauliques, connait bien cette problématique, qui l'a toujours essayé , avec d'autres mais en vain, de faire progresser. Nous lui donnons aujourd'hui la parole comme contribution à la recherche impérieuse et urgente d'une solution.


Taravu
Taravu
Même si en ce domaine particulier, le pire n’est jamais sûr, il est objectivement permis de considérer, qu’annoncé par des mesures drastiques en matière d’utilisation de l’eau, l’été 2017 va sans nul doute s’inscrire au peu reluisant palmarès des années noires de la sécheresse en Corse. Puis viendra l’automne ??                                                                                                               
Le phénomène pour autant, n’est point nouveau, qui intègre un cycle aussi rémanent  qu’alarmant, résultant du réchauffement climatique, parfois contesté, mais désormais durablement établi. C’est la hélas, une évidence attestée par les scientifiques et ceux que l’on nomme communément « les milieux autorisés ».                                                                                                    
Au-delà de la diversité des incidences climatiques dans le monde qui le caractérisent, ce réchauffement, dans ses conséquences les plus graves, impacte négativement plus particulièrement les ressources hydrauliques et parfois même selon leur localisation, leur pérennité elle-même.           Dans ce contexte désormais établi, la Corse, au demeurant  eu égard au vécu de certaines régions de Méditerranée, ne connait pas pour l’heure de situations de gravité extrême, de celles mêmes qui placent les ressources en eau, au seuil de l’irréversibilité. La contrainte qui en résulte  on le sait impliquant en ce cas, le recours aux procédés de substitution comme par exemple, le  dessalement de l’eau de mer, procédé limitatif et onéreux.                                     
Tout à présent en ce processus de gravité établie , n’est   jamais  qu’affaire de temps, si l’on veut bien considérer, par rapport à l’existant d’une fois, que le climat qui n’évolue pas forcément de façon linéaire continue, va néanmoins  connaitre dans les décades à venir, des changements majeurs susceptibles d’induire pour nous, des mutations qui auront nombre de lieux communs avec le climat actuel de Tunisie par exemple.                                                                                                                 
D’aucuns ici-bas, pourront considérer ce propos comme alarmiste, voir même infondé, mais au-delà de la polémique est la réalité, celle d’un vécu qui fait que depuis les années 80, les cycles de sécheresse s’enchainent en  continuité et pour nous dans l’ile les données objectives enregistrées en attestent. Avec cette nouvelle donne climatique, pèse on le sait une menace patente sur la biodiversité et l’évidence ici-bas commande de rappeler que nous en sommes partie intégrante. Ce simple rappel, nous place désormais au cœur d’un débat de fond, relatif à une ressource hydraulique annoncée ici pour le moins « comme riche », ce qui peut selon les cas conduire à l’autosatisfaction négative, ou au mieux à la perplexité réaliste.                                           
Des enseignements de ce qui fut une fois mon métier en ce domaine de l’hydraulique en Corse, si j’ai souvent rencontré chez divers responsables, cette fausse béatitude,, je me suis depuis longtemps placé non plus dans le doute ou l’indécision , mais bien plus dans celui d’une attitude de réelle inquiétude que  bien des éléments justifient. En effet, on annonce régulièrement pour l’ile des données de pluviométrie qui se traduiraient annuellement par des milliards de mètre cubes de précipitations qui pourraient s’avérer rassurantes. Ces données évolutives selon les saisons, j’ai aussi eu à les connaitre,  grâce,  notamment au cours des années 60, à Mr le Professeur SIMI, éminent géographe qui rapporte ainsi dans son ouvrage « Précis de Géographie de la Corse »  le mode de détermination quantitatif issu si mes souvenirs sont bons de la méthode dite « de Musset ».                      
Il rappelait ainsi, qu’un millimètre d’eau tombé sur un hectare correspondait bien a 10 m3 ha, qu’il répartissait ensuite par tranches d’altitudes géographiques, aboutissant ainsi à une synthèse de l’hypsométrie de la pluviométrie dans des zones cultivables ou non. Je passe sur les détails  pour rappeler que selon cette procédure on aboutissait ainsi à : 61 de la superficie de l’ile qui recevait 44% des précipitations, 27% des aires en recevaient 32%  et les 12% restants 24%.                                                        
C’est ainsi que j’ai eu à connaitre de cette manne annoncée à 8 Milliards de m3, et ce faut-il le rappeler à usage d’un cours de géographie !! Mr SIMI précisait aussi que cette imposante masse d’eau tombant sur l’ile ne demandait qu’à être emmagasinée ce qui est l’évidence même. Cette donnée est aussi sans doute admise par tous ceux qui ont eu à connaitre des crues dévastatrices de nos fleuves sans que son caractère alarmant n’interdise pour autant les constructions dans leurs les lits majeurs .                                                                                                                                                 Mais au-delà de toute polémique en la matière ce qu’il faut admettre, c’est que ce ne sont pas forcément les records de pluviométrie qu’il convient  de retenir, mais bien plus, l’eau dite utile, disponible et utilisable. Cette donnée est d’autant plus logique, lorsqu’on veut bien considérer que « l’eau du ciel » est avant tout capricieuse, qui tombe là où elle veut comme elle veut , quand elle le veut et pas forcément sur des régions ou s’établissent les plus importants besoins  tant il est vrai que l’on ne commande pas aux prévisions météo !!!                                                                                                                                                D’autres données interfèrent, dans ce débat se rapportant à l’histoire géologique de l’ile qui attestent on le sait d’une forte diversité. La cartographie qui en résulte, nous montre en résumé, une mosaïque de terrains et de structures diversifiées.                
Ainsi, les 2/3 de l’ile formant sa partie occidentale, sont d’ordre granitique, le1/3 restant est pour sa part formé de roches sédimentaires plissées « les schistes lustrés », de masses calcaro gréseuses et d’alluvions quaternaires  constituant nos plaines littorales.              
Première constatation, au-delà du caractère de « réceptibilité » des sols, a l’inverse de bien des autres iles de la Méditerranée, cette constitution à dominante granitique, associée aux reliefs importants, ne favorise pas ici l’existence de nappes d’eaux souterraines profondes dites nappes du socle. Ce substratum rocheux peu ou pas perméable, ne génère que des écoulements faibles (sources) et des nappes phréatiques basses et ici-bas déjà fortement sollicitées. Leur proximité littorale les place sous la menace rémanente de l’invasion saline et ce de par le retrait constant et prononcé du trait de nos côtes sablonneuses.                                                                                          Ce sont ces mêmes nappes qui faut-il le rappeler assurent pour nombre de régions, la couverture des besoins en eau pour plusieurs milliers d’habitants, notion évidente mais qui a du échapper a la perspicacité des tenants de la construction  du port de le Carbonite par exemple                              Notre ile, montagne surgie de la mer, se caractérise aussi par un relief assez tourmenté, fait notamment de vallées longues et étroites, peu favorables à la construction d’ouvrages de stockages d’importance, mais néanmoins nécessaires.                              
A ce chapitre, la Corse compte ainsi 28 bassins versants pour des cours d’eau a régimes avant tout torrentiels et saisonniers, dont seulement 7 d’entre eux concentrent 76% des débits soumis aux périodes d’étiages de plus en plus étalés.     La masse imposante de notre relief montagneux, présente cet avantage important de s’étaler du Nord au sud, en écran condensateur et loin des continents, au carrefour des trois mers Ligure, Thyrénéenne, Méditerranéenne qui nous entourent. Cet ensemble régulateur, conditionne aussi le peuplement végétal étagé et protecteur.                  Ainsi, cette montagne familière à nos yeux, outre la répartition des pluies, module également les écarts de température, établissant  des régimes thermiques par ailleurs eux-mêmes influencés par l’étagement précité du couvert végétal        Celui-ci, comporte 252277 h de forêts, soit 29% de la superficie de l’ile, le maquis complétant pour sa part 22% soit près de 200000 ha. L’effet condensateur du couvert végétal est connu qui favorise un régime d’infiltrations ralentissant aussi les effets des écoulements d’orages.On admet à ce titre que l’effet d’interception, à l’exemple du Chaparral Californien étudié et assez proche de notre maquis, favorise selon les substrats 15% et plus d’infiltrations delà mase pluviale écoulée, tout en assurant une relative protection contre l’effet des érosions. Il faudrait à ce stade du « problème eau » rappeler à nos incendiaires et autres prédateurs cette réflexion de Châteaubriant qui veut « que les forets précèdent les hommes que les déserts ensuite suivent » !! Dans le même ordre d’idée le reboisement peut à défaut d’ouvrages protéger notre ressource !!        Sur cette mer aux effets thermiques tempérés qui nous baigne, courent des vents parfois caractérisés par leur violence, qui avec l’ensoleillement prononcé  génèrent une forte évaporation rabattue sur l’écran condensateur des hauts sommets eux-mêmes exposés aux masses neigeuses et aux effets dépressionnaires du courant dit ‘Ligure ». De cette géographie d’ensemble, sont issus des cours d’eau on l’a dit à régimes torrentiels. Le plus important d’entre eux ne mesure toutefois que 82 Km de long pour un bassin versant de 1036 Km2. Son débit annuel moyen est tombé de 4,4 m3/s en 1884 à 2 m3/s en 1914, pour n’atteindre parfois que moins de 750ls au début des années 80 ce qui pour le moins porte à réflexion et ce d’autant que les plus importants débits vont à la mer a l’exemple des autres fleuves de Corse !                                                                                                       
L’eau est un bien public qui en tant que tel doit être mis à disposition de ses propriétaires naturels  les habitants de l’ile et ce en ignorant toutes les spéculations  de certains groupes venus d’ailleurs.  Dans ce contexte économique actuel encore marqué par la précarité, notre ile on le comprendra, est peu ou pas préparée à admettre que ce bien commun, faute d’une politique adaptée ne se transforme un jour en facteur limitatif de son développement.                                                           
On mesure à cette échelle, la vanité indigente de ces « plans sècheresse «  à répétition seule correction a ce jour mise en œuvre pour résoudre un problème datant de plus de trente ans.                                                                                                                   
Faut-il rappeler ici l’importance des investissements et réalisations hydrauliques consentis par l’Etat français au traitement de l’implantation coloniale des  dits rapatriés d’AFN en plaine orientale d’une fois. L’effort financier et d’équipement hydraulique réalisé jadis en 15 ans ne retrouvera jamais son pareil pour les Corses des autre régions de l’ile et c’est là aussi une profonde injustice. Il est aisé d’imaginer que la légitime compensation permettrait de rétablir au mieux certains équilibres, mais là c’est un autre débat  qui intègre le lourd contentieux existant entre notre ile et le Pouvoir central français.
Saveriu Belgodère
Lucciana Juin 2017.


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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