Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Hudson Institute : Thème pour le développement de la Corse (1970)

Rédigé le Jeudi 19 Juillet 2018 à 09:59 | Lu 2885 fois


La préméditation de la colonisation économique et culturelle ressort à l'évidence de ce rapport qui avait été soigneusement caché par l'Etat. On a compris pourquoi. L'ARC l'a obtenu, avec mille difficultés et l'a rendu public. Il est édifiant et, en cette période de bilan, il est intéressant de montrer au Peuple Corse les intentions de l'Etat à l’époque. Il a d’ailleurs pris toute sa signification parce qu’il venait couronner le PAR (Plan d’action Régional ) de 1957, qui avait créer deux sociétés d’économie mixte : la SOMIVAC pour l’agriculture et la SETCO pour le tourisme .
La tentative de nous imposer le Schéma spoliateur d’Aménagement de la Corse en 1972 – que nos luttes déterminées, avec d’autres, ont fort heureusement en échec, vient éclairer le dessein de l’Etat.
Compte tenu de son évolution actuelle négative en Corse, la nécessité nous impose de prolonger, de populariser et d'enraciner les luttes.
Nous publions le commentaire préliminaire de l'ARC puis nous renvoyons nos lecteurs à la consultation du dossier complet en pièce jointe, ci-dessous. Instructif !


COMMENTAIRE DE  L'A.R.C. (1970)

"Il y a quelques mois, les Corses furent informés par la Presse, qu'un rapport sur l'avenir du développement de l'Ile avait été établi  par un Organisme . américain spécialisé: le Hudson Institut de New-York, à la demande de la DATAR (Délégation à l'Aménagement  du  Territoire ,  et  à  l'Action Régionale).
 
Ce que l'on sut de ce rapport à l'époque provoqua  la colère ' des  défenseurs de l'ethnie  Corse. On pouvait, en effet, résumer l'affaire en une formule : la Corse est promise à l'invasion touristique avec ou sans l'accord des Corses. L'émotion provoquée par cette information incite d'Administration Préfectorale à jouer la courroucée. On laissa entendre que ce rapport n'avait aucun caractère officiel et que ses conclusions n'avaient aucun intérêt. Ces propos étaient démentis par le fait que l'Organisme qui avait commandé ce rapport était gouverne mental et qu'il était inimaginable que la Préfecture n'en fut pas instruite. Mais la tactique employée était bonne. Après les premiers  remous on parvint à faire oublier l'affaire. Rien ne fut communiqué des  véritables  conclusions  du  rapport  du Hudson Institut. La Presse avait du se contenter de ce qu'on avait bien voulu lui en dire.
 
 L'A.R.C.  est aujourd'hui  en possession  du  rapport  complet.
 
 Quand ils sauront que ce rapport est l'inverse de ce qu'on en avait laissé percer, les Corses ne s'étonneront plus de la discrétion officielle. Sur tous les points qui constituent le  contentieux  de  la Corse avec l'Etat: exode des jeunes, défense  du  couvert  végétal,  conservation  des  sites,  spécificité des problèmes, défense de l'identité culturelle, de la langue, de l'ethnie, le rapport rejoint, et parfois dépasse, les revendications régionalistes.
 
Les neuf dernières pages de ce rapport contiennent les diverses solutions que les auteurs ont
envisagé pour  l'avenir de la Corse. Elles sont au nombre de quatre:
 
1°) les deux premières sont très voisines. Elles représentent le statut quo plus ou moins amélioré. En voici la substance : rien n'est fait pour rendre aux Corses leur identité culturelle mais le tourisme est encouragé soit mollement soit jusqu'à l'invasion. Les Corses, de plus en plus minoritaires chez eux, éprouvent un sentiment grandissant et dangereux de frustration ;
 
2°) la  troisième  solution  est  séduisante :  l'Etat  fait confiance à certains Corses et les aide à relever la Corse: hypothèse improbable dit le rapport: car il y faudrait l'union de tous les Corses qui semble impossible dans les circonstances actuelles ;
 
3°) la quatrième solution donne à l'Etat Français le rôle de promoteur éminent du relèvement de  la Corse. Pour sa beauté, son  histoire, ses  traditions, son particularisme,  la Corse est protégée  dans sa Nature, dans sa culture, dans son ethnie qui deviennent ainsi le véritable pôle d'attraction d'un Tourisme National et International encouragé sur tous les plans.  La France fait  en quelque sorte de  l'Ensemble  Corse  un  monument  national  que l'on visite.
 
Ces trois solutions reviennent, dit le rapport, à  deux hypothèses :
 
- ou bien l'Etat Français sacrifie l'identité culturelle des Corses et leur communauté à un développement touristique  qui les ignore et les envahit,                                                                                   ·
 
- ou bien c'est en conservant et en restaurant  l 'identité culturelle corse qu'on développe le potentiel de l'Ile dans le contexte corse. Le rapport juge raisonnable, sans grands risques cette deuxième hypothèse « qui pourrait -'être intéressante et passionnante>>. Il conseille à la DATAR d'entrepren­dre des études complémentaires pour juger du bien fondé  de cette proposition  car il y a, d'après les auteurs, des risques graves à poursuivre  la politique actuelle.

Il nous reste à dire ce qu'a fait la DA TAR : elle a inspiré certainement  et en tous cas, fait  adop­ter par le Gouvernement, le fameux  schéma d 'Aménagement rejeté par  toutes les forces  actives de l'Ile et mis en pièces par le  Conseil  Général.  Ce Schéma  pose  comme 'un postulat  que  la population  de l'Ile s'accroîtra par l'immigration. Il veut  améliorer  le  statut  quo  par  l'invasion  touristique,  il  mé­prise systématiquement l'identité culturelle de la Corse. C'est la première des deux hypothèses du rap­ port  Hudson,  celle  que  les auteurs  du  rapport considèrent  comme«  douloureuse, difficile et aléatoire.
 
C'est finalement parce que, contrairement aux espoirs officiels, le ·rapport du Hudson Institute, malgré les imperfections et les erreurs inhérentes à tout travail de ce genre, donnait la préférence à une solution de progrès mais anti-centraliste, que l'Administration, après  avoir laissé publier  un aspect tronqué et inexact l'a littéralement étouffé. Ainsi s'affirme la volonté du Centralisme d'écarter, de parti pris, toutes les solutions favorables à la Corse même si elles lui sont proposées par les Conseil­lers qu'elle paie."
 
hudston_institude_.pdf Hudston institude .pdf  (42.37 Mo)


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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