Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Corse - Matin : Evolutions ?

Rédigé le Mercredi 18 Juillet 2018 à 10:44 | Lu 338 fois


Dans sa lutte émancipation, la Corse a un grand devoir de vigilance et d'exigence si elle veut s'extraire du bourbier colonial instauré depuis 2 siècles.
Nous serons toujours en pointe, pour défendre et consolider la démocratie.



 Je connais bien, cet organe de presse puisque, par nécessité, il me permet de suivre au long cours,  son évolution en fonction de la politique locale et hexagonale. Il y a eu un changement important et notable, de manière récente, dans les orientations du quotidien.
Il y a 40 ans, la presse régionale était représentée par Nice-Matin Corse et par le Provençal-Corse, tandis que France3 et RCFM n’existaient pas.  C’est dire le poids énorme des deux quotidiens dans la vie publique et aussi dans le rapport avec l’Etat.
Corse-Matin de 1960 à 1980, était un journal très conservateur épousant de manière très étroite les choix de l’Etat,  des différents gouvernements et de leurs politiques en Corse. Le clanisme y avait droit de cité et comme la presse hexagonale était déjà  très hostile à toute évolution en Corse,- mis à part Libération et le Nouvel Obs - , nous étions confrontés à une situation difficile.
Heureusement, que le Provençal- Corse, puis les journaux locaux ou militants (notamment  Arritti), les réunions publiques, -en Corse et pour la diaspora-,  les tracs, Radio Corse Internationale (RCI), de façon éphémère pour cause de plastiquage,   remédiaient, de façon insuffisante, à ce monopole de fait de la parole publique. Le Provençal- Corse, était très ouvert aux idées d’identité, de décentralisation. Cette tendance s’est accentuée avec  la prévision de la victoire de François Mitterrand en 1981 ; il a joué un rôle très important dans l’information de la population corse et extra insulaire où il comptait de très nombreux lecteurs. Sa contribution a été importante pour lutter contre la répression et les polices parallèles de Francia ; bien, entendu ce journal de gauche, était un journal d’opposition à la droite.
Mitterrand a neutralisé les polices parallèles, dissout la Cour de Sûreté de l’Etat, libéralisé l’information (création de FR3  Corse et de RCFM), renforcé la création de l’Université de Corse, réalisé  le premier Statut particulier en 1982 – trop frileux - de la Corse, avec Michel Rocard. Depuis cette date, Corse-Matin est devenu un journal progressivement plus impartial, mais est resté profondément conservateur.
Il y a quelques années, lors d’une réforme interne, il avait décidé de ne plus vendre en kiosque le quotidien sur le continent, laissant un grand vide dans la diaspora. Je m’étais alors impliqué, avec la Fédération des groupements corses de Marseille, pour faire rétablir ce service.
Il y a eu cette aujourd’hui,  un changement majeur dans le capital de Corse-Matin, cédé par étapes, par Bernard Tapie, à un groupe d’entrepreneurs corses.  Il ne me vient pas à  l’idée de contester la liberté – que j’ai toujours défendue- de l’information qui est une conquête, un droit pour les Pays démocratiques ;  et est un marqueur sérieux du type du régime politique où  il s‘exerce. Ou pas.
Le constat est clair : le quotidien – nous ne parlons pas de Settimana, qui poursuit une démarche intéressante-  a modifié ses orientations, infléchi sa ligne éditoriale,  ce qui est parfaitement son droit.  Nous avons constaté que les thèmes nationalistes inspiraient des papiers réservés ou franchement critiques. C’est encore le droit des propriétaires ; mais le quotidien trouve des accents partisans ; notamment quand il dit que peu de choses sont faites par la majorité territoriale, en dehors du verbe et des symboles ; que la crise des déchets – très ancienne et relevant de différentes responsabilités, dont l’Etat et le SYVADEC, - n’est pas encore résolue, que la réunion de la CRPM ( Conférence des Régions Périphériques Maritimes)  à Bastia a été médiocre sur le changement climatique – un sujet très facile comme chacun sait- ; il insiste sur le goût du Conseil Exécutif pour les présidences; il craint les concentrations de pouvoir -et c’est légitime-mais il ne manque que  la référence  au «parti unique » pour  s’interroger avec perplexité sur les futures orientations du journal.
Nous comptons trop d’amis dans de nombreuses rédactions, ici, sur le continent et en Europe, pour ne pas nourrir un procès en sorcellerie ou en une démarche totalitaire. La démocratie que la Corse, exsangue, a ignorée depuis deux siècles,  a des exigences impérieuses et la liberté de presse est un de ses fondements essentiels. C’est certainement le moyen majeur pour s’émanciper de la tutelle coloniale et construire notre Pays. Chacun choisit librement son chemin. Depuis très longtemps, nous avons choisi le nôtre.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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