Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Cavallo : une île trahie et vendue

Rédigé le Vendredi 16 Mars 2018 à 09:41 | Lu 1203 fois


Cet îlot paradisiaque de l'extrême sud de la Corse est certainement le raccourci saisissant du résultat gravissime, généré depuis des décénnies, par la combinaison du laxisme , de l'indifférence complice de l'Etat, de la spéculation mafieuse. C'est le résultat achevé, triomphant et impuni d'un processus colonial où le droit est foulé aux pieds, la démocratie ridiculisée.

Que cette leçon serve au Peuple corse , s'il ne veut pas que sa propre terre puisse servir de copie à la réédition de ce désastre . Une terre hors du droit, sans âme, sans culture, sans peuple, avec uniquement un parfum saisonnier d'ambre solaire et le jackpot gagnant d'un affairisme débridé générant la violence.

On a souvent utilisé le terme inapproprié de mafia en Corse ; il peut très bien s'appliquer à Cavallo. Il nous a semblé intéressant de publier à nouveau l'article que nous avions écrit en juillet 2008 ; dans un second article, nous ferons une transition avec la situation actuelle parfaitement décrite par la réalisatrice Jackie Poggioli de France3 Corse.

Il serait temps que la Corse mette un terme définitif à cette très fâcheuse dérive afin que, faute de sauver la terre et de changer son mode de développement , on puisse en garder la propriété et la maîtrise, dans le cadre de l'état de droit. Il appartient à la République Française de faire enfin les démarches appropriées relevant de sa responsabilité, lourdement engagée.


Cavallo : une île trahie et vendue
 Cavallo : la terrible leçon
 
Corse Matin, dans son édition insulaire du 2 Août 2008, a consacré, sous le titre sévère «  Cavallo, l’île à la dérive » , sous la plume de Pierre Claverie,   un excellent article  au constat de la situation actuelle de  l’ilot paradisiaque de 112 hectares, situé au nord des Iles Lavezzi.
 
L’historique a rappelé les folles nuits de la jet-set parisienne en 1967 : insouciance, champagne, personnalités clinquantes sur fond d’exotisme colonial. Les oiseaux migrateurs sont rituellement repartis. Puis, a commencé la période d’aliénation et de spéculation avec la société Codil en 1973 et une succession d’embrouilles telles qu’il est désormais impossible de reconstituer le fil de l’histoire, le nom des propriétaires, la date des transactions, les changements de sociétés. La mafia y a fait aussi escale mais apparemment sans s’y enraciner.
Heureusement que Cavallo a fait son retour dans la République Française quand, il y a quelques années, dans une ambiance de Clochemerle, une cérémonie, avec deux gendarmes au garde à vous, a consacré le retour du lieu dans la « souveraineté nationale »  !!!!!! En France, le ridicule ne tue pas.
 
Aujourd’hui, le spectacle est lamentable  sur les 112 hectares de ce paradis, et Corse Matin d’énumérer : » une centaine de villas de standings ….. le reste est à l’abandon …. des bungalows, des mini-villas en passe d’être terminés depuis plus de vingt ans ….la station d’épuration est aujourd’hui incapable d’effectuer correctement le traitement (des eaux usées)…..elle dysfonctionne constamment. En témoigne le petit étang au nord-est de l’île où des eaux usées sont déversées sans vergogne. » Il y a aussi une « vilaine marina ». De plus, les Corses ne sont pas accueillis chaleureusement. à Cavallo. Le constat est amer : Cavallo, défigurée, n’est plus une terre corse.
 
Les Corses, s’ils sont dessillés, ont sous les yeux, le désastre achevé d’une portion de leur terre. La litanie de responsabilités est lassante : l’Etat dont la fidélité au droit est assénée en permanence comme son credo majeur, la petite ville de Bonifaziu et ses responsables successifs, les instances politiques corses ( CTC et département de la Corse du Sud), la population de l’extrême sud, ont été incapables de poser correctement le problème dès le début du scandale et de le traiter. Les nationalistes eux-mêmes ont été défaillants même si certains d’entre eux ont tenté en vain, par la violence, de s’opposer à la dérive. Et si  d’autres l’ont dénoncé vertement. Aujourd’hui, nous avons nos yeux pour pleurer, encore qu’il soit possible d’imposer certains remèdes : traitement des déchets et des eaux usées, liberté totale  d’accès à l’ile, et surtout mise à plat publique de l’ensemble du dossier.
 
Le peuple corse n’a pas le choix entre le tourisme affligeant dont Cavallo est l’exemple nauséabond et un tourisme prédateur dont certains thuriféraires se font les chantres. L’examen prochain du Plan d‘Aménagement et de Développement Durable de la Corse ( PADDUC) mettra tous les Corses de l’île et de la diaspora devant leurs responsabilités ; de facto ils choisiront le destin de leur peuple.
 
Docteur Edmond Simeoni
Juillet 2008
 
N.B : La municipalité actuelle de Jean-Charles Orsucci ne porte aucune responsabilité dans ce désastre.


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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