Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


​Mémoires d’avenir

Rédigé le Vendredi 26 Octobre 2018 à 10:12 | Lu 166 fois



Il est d’usage constant dans les sociétés politiques de voir les dirigeants vilipender leurs prédécesseurs et magnifier leur action et leurs projets. Partout et en Corse aussi bien entendu.
Il semble nécessaire de clarifier la situation actuelle et les responsabilités - depuis 1950 seulement- ; il ne s’agit ni de stigmatiser les familles politiques, les chefs de clans, pour ensemencer la haine séculaire destructrice, mais, au contraire, pour assoir une indispensable réconciliation dont le dénominateur commun sera la démocratie. Ceci suppose une écriture préalable confrontée et  partagée sur les différents évènements, des points de vus variés et même antagonistes.
En 1950, la Corse est à l’abandon, dans un état de déshérence manifeste : l’Etat n’a pas fait son devoir et le clanisme a planifié la politique ce celui-ci. A l’évidence, là se trouve le noyau dur de la responsabilité, sans que l’on puisse exonérer les corses de la leur.
Un procès est souvent fait au mouvement national, à propos du désastre corse,  alors que ce mouvement n’a jamais exercé aucune responsabilité ; ce procès est instruit notre prétendu « refus de la démocratie », de « l’anti France », de l’utilisation constante de la violence. Nous serions responsables de la situation désastreuse de la Corse.   Il y a un miracle que seule la foi peut élucider et décrypter : 200 ans avant de naître, le mouvement national auquel nous appartenons était déjà responsable du passé et à venir.
La violence est un fléau ; ce fut pour nous un moyen exceptionnel, comme Aléria en 1975, où il a fallu donner un coup d’arrêt à une politique de colonisation mortifère ; nous avons toujours situé notre action – revendication d’un statut d’autonomie interne -  dans le cadre de la République Française et de l’Union Européenne.
Ceci, nous a distingué nettement du mouvement indépendantiste légal et clandestin (FLNC) ; mais nul ne peut nier leur engagement au service du Peuple Corse, la lutte permanente contre les atteintes à ses droits collectifs. Il y a eu des dérives, mais elles sont inévitables dans ce type de lutte. Et ceci ne vaut pas justification ni excuse.  Mais on ne peut pas nier la contribution du mouvement indépendantiste à la préparation d’une Corse émancipée, avec des sacrifices considérables.
Aujourd’hui et sans aucune polémique, on doit se poser des questions. Je pense que nous avons, avec d’autres,  contribué à établir un constat crédible sur la base de la démarche que nous avons initiée en 2017 et dont l’ossature centrale était «  Corse, l’Etat, le Clan où étaient –ils ? ».
Nous avons participé, notamment, avec tant d’autres, à des progrès considérables de la démocratie – lutte contre les fraudes- à la prise de conscience de la Corse de l’île et de la diaspora, à l’échec du Schéma d’Aménagement, à la lutte contre les boues rouges et contre la colonisation agricole en, 1975 à Aléria. Nous avons lutté pour sauver  la langue et la culture corse ou le Riacquistu –Réacquisition- a été l’armature du réveil culturel. On a arraché avec d’autres le Statut Particulier de 1982, la réouverture de l’Université de Corse, la libéralisation de l’information,  la mise en échec des trusts du tourisme.
Nous avons contribué à rendre au Peuple corse sa dignité et à la volonté de maitriser son avenir…
Où en serions-nous aujourd’hui si ?... Il n’est nul besoin de répondre à des questions incongrues car les réponses me sont fournies par la lecture actuelle de la situation de la Corse. Menacée dans l’existence de son Peuple et dans la maîtrise de sa terre, très engagé et dans la rénovation de la vie civique  que le clanisme avait détruite, le mouvement national vit une période intense de lutte et de transition qui nécessitera patience, luttes pacifiques responsables et création volontariste de la Corse nouvelle réunissant les Corses d’ici et de la diaspora, les Corses de souche et d’adoption. Il faudra, quelques décennies pour réparer toutes les injustices faites à la Corse et construire une société nouvelle, plus juste, plus solidaire et largement ouverte sur le monde, auquel nous voulons participer très modestement. Bien entendu, en partenariat avec l’Union Européenne, la Méditerranée…La renégociation du contrat avec l’Etat est indispensable, sans ruptures.
Les valeurs de l’humanisme et la démocratie sont le socle de nos convictions politiques ;  l’autocritique sincère, la réconciliation, qui ne signifie pas l’œcuménisme, sont et doivent être les armes pacifiques de la construction de la Corse nouvelle.
Les portes de l’avenir  sont largement ouvertes au Peuple corse ; le verrou du déni de notre existence collective, les tentatives depuis 50 ans de marginalisation de nos idées, la répression et même les provocations n’ont eu raison de notre patience collective tenace, dont la liberté et son corollaire la résistance, sont les ingrédients majeurs.
Nous avons mille atouts, des ressources naturelles importantes, un Peuple, ici et ailleurs, doté des compétences voulues, une jeunesse ambitieuse qui ne demande qu’à se former, à participer, à débattre, construire.
Le challenge actuel n’est pas de pérenniser la direction nationaliste à la Collectivité de Corse. Nous devons tracer les sillons de l’avenir qui seront ensemencés par les nouvelles générations.
La matrice doit être saine de façon à garantir, que le Peuple corse a droit à la vie, à la reconnaissance internationale, au développement maîtrisé ; et pour s’assurer que, au-delà des alternances politiques inévitables et souhaitables, le chemin soit fiabilisé et largement partagé.
Il y a place pour toutes les opinions démocratiques, mais il ne peut pas y avoir  e place pour les chemins de traverse qui nous ont conduit au bord du gouffre, de la disparition définitive.
J’ai toujours eu confiance en la Corse et le moment venu, je la quitterai rassuré et apaisé.

Le 25 octobre 2018


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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