Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


​Corsica : No violence !

Rédigé le Vendredi 23 Février 2018 à 09:16 | Lu 352 fois


La politique de dénégation de la situation réelle de la Corse par l'Etat et ses refus à répétition d'engager le dialogue sur une véritable solution politique, respectueuse de l'intérêt des deux parties et naturellement des intérêts légitimes du Peuple corse, conduit à une réévaluation de l'état des lieux actuels et à explorer les pistes pour construire pacifiquement l'avenir. Ce texte n'est qu' une simple contribution à la nécessaire réflexion du peuple corse tant dans l'île que dans la diaspora.



Il est fréquent d’entendre dire : il n’y a pas d’autre riposte à la violence, politique ou d’origine économique, sociale, culturelle– organisée, institutionnelle, impunie-  que le recours à la force elle-même ; donc, suivant cette affirmation, il n’y a pas d’autre solution que le recours à la violence de légitime défense qui serait le seul moyen de combattre la violence mère.
 
Il s’agit d’une fausse logique, et d’une erreur car on peut se battre, sans aucune violence,  sur tous les terrains de la démocratie, du civisme, de la citoyenneté, pour contribuer à établir une société apaisée, plus juste, diminuer ainsi les causes de conflit. Et aussi, pour mettre un terme aux injustices, participer à arracher des solutions équitables.
 
 Nous connaissons très bien cette problématique coloniale en Corse, où d’autres nationalistes avaient choisi la voie de l’indépendantisme et de la violence clandestine – ils ont renoncé, de manière responsable à celle-ci définitivement, ce qui nous a permis d’accéder ensemble  aux responsabilités politiques et a beaucoup renforcé le camp de l’émancipation de la Corse- ; les nationalistes modérés, ayant abandonné les manifestations violentes après Aléria, préfèrent un statut d’autonomie  et ont utilisé tous les moyens du combat démocratique ; ils écartent la violence.
Le choix de la non- violence n’est pas un choix  de défaitisme, de peur, de renoncement ; il est au contraire un choix adapté de lutte, civique, déterminée. Elle seule peut faire gagner la cause du peuple corse, élargir le consensus insulaire, dans l’île et dans la diaspora,  et bénéficier de la sympathie internationale. Outre qu’elle nous libérera, elle nous permet de construire un Pays dévasté par le colonialisme, dans et par la démocratie, le travail, la responsabilisation, la solidarité.
 
Mon ami François Vaillant (MAN - Mouvement d’Alternative Non Violente-, travaille dans ce domaine avec, notamment mon autre ami, Jean-François Bernardini (Umani) qui, avec sa Fondation, a formé plus de trois mille formateurs à la non-violence- dans les écoles, à l’Université,  dans les entreprises !!!!. En Corse et même sur le continent. Quel challenge, quel exemple, et quelle volonté !!! Il faut rendre cette évolution contagieuse, imparable.
François m’a recommandé vivement deux ouvrages de son ami Jean-Marie Muller :
« Stratégie de l’action non-violente » (Seuil), ce livre est ancien mais il demeure d’actualité et central pour élaborer un rapport de forces politique, alliant morale et politique et le « Dictionnaire de la non-violence », éditions du Rocher. Cet ouvrage présente et commente ce qui a rapport à la non-violence, par exemple : agressivité, contrainte, grève de la faim, non-coopération, boycott, etc. Plus de cinquante mots et autant de sésames…
 
Mais surtout François Vaillant me rappelle la belle liste d’actions non violentes recensées par Gene Sharp, c’était un chercheur nord-américain voici le lien que vous pouvez consulter
https://www.contrepoints.org/2011/03/08/16180-198-methodes-dactions-non-violentes
 
On comprendra sans peine que la Corse est confrontée à un problème grave, long et complexe, d’émancipation, de liberté, de construction d’un Pays, de revitalisation de la démocratie, piétinée, dévalorisée, exsangue… Après des décennies de turbulences sévères, et aussi de répression dont il a, avec d’autres militants, payé le prix, le FLNC a renoncé de façon définitive à la violence clandestine. Le mouvement national, alors,  a lui enregistré, d’abord  dans  l’ouverture puis ensuite et  surtout dans l’unité, d’importants résultats électoraux démocratiques (Mairie de Bastia, élections législatives de 2017, Collectivité territoriale de Corse 2017) ; il préside, à travers le Président du Conseil Exécutif de Corse,  la Commission des iles, faisant partie des Régions périphériques maritimes (la CRPM qui  dix-huit millions d’habitants !!!) ; reconnu par ce gage de confiance, il doit convaincre l’Union européenne d’adapter ses politiques insulaires aux disparités dont elles sont l’objet (éloignement, caractère montagneux, retards de développement...).
 
Le refus par l’Etat de tout véritable dialogue, sa création permanente de « lignes rouges », en fait des préalables qui rejettent nos revendications essentielles concernant la langue, l’identité, le futur Statut… vont nous obliger non pas à radicaliser nos thèmes, non pas à choisir les voies de la violence, dans une fuite en avant suicidaire ; tout au contraire, il nous faut utiliser les élections, les luttes pacifiques de terrain dans tous les domaines, dans tous les combats contre l’injustice, le non-droit,  pour la démocratie et les valeurs de l’humanisme. Il existe d’après Gene Sharp 198 moyens de faire céder l’Etat pacifiquement, sans oublier l’impérieuse nécessité d’une communication maîtrisée, argumentée et largement diffusée tant en Corse qu’en Europe et au-delà. (Voir le lien mentionné plus haut). La panoplie pour contester la politique de l’Etat est plus que fournie. Il suffira d’y puiser, quand on aura établi la feuille de route. On peut mesurer ce que serait, par exemple, la réalisation à terme d’une grève générale de toute la Corse où l’Etat serait lui-même très impacté.
 
Il ne faut pas se buter contre la politique dilatoire de l’Etat, objectivée par quatre Statuts volontairement  frileux et insuffisants ; sur ses refus qui sont chroniques et qui, même quand il prend des engagements, ne les tient pas trop souvent (voir l’échec total du pouvoir normatif « un pouvoir législatif encadré », octroyé il y a quelques années).
Dans le temps, concomitant de la lutte, on construit la Corse émancipée, dans la démocratie, par l’économie, le développement plus juste, la culture, les relations internationales… On voit bien que l’Etat n’a pas les moyens de nous interdire quoique ce soit tant que nous restons la cadre de la légalité et nul ne peut nier que nous progressons dans tous les domaines. Un jour, pas  très lointain à mon avis, le droit et les progrès de la société corse contraindront l’Etat à rejoindre la réalité du terrain par la mise à jour, indispensable des Institutions de l’Île : une Autonomie de plein exercice.
 
Tout simplement, les exigences de la Corse seront inévitablement majorées compte tenu de l’absence de confiance qui prévaut dans nos relations avec Paris, du passif séculaire de l’Etat ici et de son refus de reconnaitre le peuple corse. Le peuple corse – de l’île et de la diaspora- vivra libre, en bonne intelligence avec les autres  peuples du monde. C’est légitime, conforme à l’histoire, au droit international. Et nul ne peut s’opposer à cette évolution juste et inévitable.
 
Dr Edmond Simeoni
 
Lozzi le 23 février 2018
 
 
 
 
 
 


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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