Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure



Valls en Corse

Rédigé le Vendredi 30 Novembre 2012 à 10:29 | Lu 597 fois



Valls en Corse
D’origine catalane, le ministre ne fait pas dans la dentelle : impulsif, trop pressé, il est totalement inconnu en Corse où on ne sait même pas qu’il était un collaborateur de Jospin, très marqué par son échec dans l’île ; manifestement grisé par les sondages, obsédé  nécessairement par l’audimat, ayant sans doute  une ambition présidentielle, il a montré récemment à l’Assemblée Nationale qu’il était colérique et peu crédible en accusant la droite d’être responsable du terrorisme ! L’injonction d’Hollande l’a contraint à faire marche arrière.
On connait son hostilité ancienne aux Basques radicaux ; il l’a prouvé, encore, récemment en  extradant Aurore Martin ; le PS, et sans doute lui avec, est persuadé que Jospin a chuté sur la « question corse », ce qui explique sa totale fermeture sur le sujet.

Mr Vals a déjà démontré dans l’affaire du Sporting Club de Bastia qu’il n’avait pas le sens des nuances en interdisant aux Corses de se rendre à Nice le jour d’un match où on craignait des débordements. Ahurissant !

Lorsque Jacques Nacer a été assassiné, il s’est précipité nuitamment en Corse, en compagnie de la Garde des Sceaux. Pourquoi ? Parce que cette affaire avait un énorme retentissement médiatique  en France ; son attitude ici ne peut être comprise que si on intègre ce paramètre dans l’analyse et surtout si on sait que la sécurité est un thème sensible, obsessionnel, chez les Français. L’extrême fermeté devrait donc être payante politiquement, en métropole. Les premières interventions furent martiales : la pseudo « Maffia corse » était ciblée, la population stigmatisée pour son « omertà » ; le sursaut était nécessaire, l’ »Etat républicain » étant décidé à montrer sa détermination : renforcement des forces de police, politique pénale spécifique ( ???) et un train de dix mesures. J’ai pensé à un ministre célèbre qui avait dit « en Corse,  il faut terroriser les terroristes ». On a vu le brillant résultat.
Après une semaine à Paris, Monsieur Valls et Madame Taubira sont revenus dans l’ïle ;  le ton et l’attitude  du ministre n’avaient pas changé le premier jour où il ajouta à son discours sécuritaire, -en particulier à Cuntrastu et dans la presse-  une note de fermeture sur les réformes que la Corse attend impatiemment : Réforme de la Constitution, coofficialité de la langue, statut de résident….Il a repris à son compte le discours des élus les plus conservateurs : lutte contre la maffia, priorité aux problèmes économiques, l’heure n’étant pas, selon lui à des réformes politiques.

Puis, le second jour il y a eu un infléchissement vers plus de mesure. Pourquoi ? Parce que les échos qu’il a recueillis, à travers ses contacts dans l’île ( élus, fonctionnaires, militants du PS et  population) lui ont montré qu’il faisait totalement fausse route ; en particulier le bilan accablant, publié par Corse Matin ( 85 crimes, une élucidation à mettre en parallèle avec l’extrême efficacité  contre les militants du FLNC !!!) l’a incité à adopter un profil plus bas et à témoigner d’un peu d’humilité sur les violences. Puis les media ont insisté sur le pôle financier qui existe depuis dix ans et s’étiole faute de moyens ; la défaillance totale de l’Etat et de ses préfets successifs, dans le domaine de l’urbanisme spéculatif a été souligné. Valls, à contre-cœur, et, c’est une première, a dû reconnaître à plusieurs reprises que les Corses n’avaient pas confiance dans l’Etat, que, depuis trente ans,  la lutte contre les nationalistes avait été la priorité depuis des décennies, reconnaissant implicitement que les méfaits de droit commun avaient été négligés.

Cependant, chiffres à l’appui, il a affirmé que la Corse avait beaucoup progressé ces quelques années ; il a signé la troisième convention du Pei, prévue d’ailleurs, en 2002, dans le « Statut de Matignon » Oubliés les 17.000 chômeurs, les 30.000 précaires, les 200.000 personnes aidées au « Resto du cœur » à Ajccio, en 2011, les retards aveuglants d’infrastructures  et la litanie de nos difficultés majeures.
Selon Valls, « version soft », et qui a amodié son discours, la mafia dont on connait la définition précise est un terme général, commun, à ne pas prendre au pied de la lettre ; il n’avait pas l’intention de stigmatiser les Corses dont il a vanté le mérites ; à plusieurs reprises, il a exalté le lien entre La France et la Corse, sur le ton de l’incantation lyrique, soulevant la vive approbation de l’Association « Corse-France » Selon lui, il appartient à l’Assemblée de Corse désormais de faire des propositions politiques, un aspect essentiel qu’il avait occulté le jour précédent. Quand on sait l’intérêt majeur porté par toute la Corse aux réformes fondamentales, il faut convenir que ce refus, à priori, et alors que la Commission Chaubon travaille sur ces sujets, montrait le mépris qu’il avait à l’égard de l’Assemblée de Corse !

Madame Taubira, Ministre de la Justice, s’est cantonnée, avec prudence, dans un domaine plus classique et a décliné la « nouvelle politique pénale spécifique » dont les principales mesures sont théoriquement déja en place depuis longtemps. Elle a accrédité la fausse vérité de l’existence de la Maffia par une panoplie de moyens connotés : saisie des avoirs criminels, statut des repentis….
Le premier propos, des présidents de l’Exécutif et de l’Assemblée,  sous le signe de la symbolique « la porte ouverte de Valls » ressemble plus à des condoléances hypocrites ou contraintes qu’à un gage sincère de confiance. La lecture de la presse, l’écoute du peuple corse, démontrent que le septicisme est total dans l’île, lassée des voyages officiels, saturée de promesses jamais tenues. Plus l’Etat tardera à aborder franchement le problème politique, plus il ira se réfugier dans la dénégation et dans les manœuvres, et plus la situation se détériorera.

On n’a pu que constater que, au-delà des références convenues à la Corse, à sa beauté, à la qualité de se habitants, à sa gastronomie, Vals est un partisan de la rigidité politique, du refus jacobin et colonial, souligné par l’omniprésence des gendarmes, des policiers, des hauts fonctionnaires, de son escorte, de son ton, de son attitude… ; il nous rappelle le triste Chevènement, avec son avatar, le préfet Bonnet, incendiaire et incitateur à la guerre civile. Nous pouvons légitiment être inquiets. Et nous disons sereinement : calmatevi  o Valls chi s’hè calmatu Golu ; é rifletite. ( Calmez vous Valls ; le Golo – un torrent corse- s’est lui-même calmé ; et réfléchissez).

Docteur Edmond Simeoni.

Source photo: http://www.courrier-picard.fr


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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