Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Università : trentesimu Anniversariu

Rédigé le Lundi 31 Octobre 2011 à 18:00 | Lu 293 fois



Università : trentesimu Anniversariu
L’anniversaire de la réouverture de l’Università Pasquale Paoli n’est pas un acte rituel, festif. On se condamne à ne pas en comprendre le sens profond et donc à le dénaturer, voire le trahir, si on ne situe pas cet évènement exceptionnel dans sa double signification, sous le signe de la mémoire – fidèle – et de l’engagement – déterminé, avec nécessairement, in fine,  un bilan critique et des orientations. Premier Pilier : La Mémoire La Corse est  indépendante, en 1755, après une très longue tutelle génoise, combattue avec vigueur ; Gênes la vend à la France mais le combat inégal, toujours mené au nom de la liberté et de l’indépendance nationale par Pasquale Paoli, le père de la Nation, nous soumet, après la défaite, à Pontenovu en 1769. Chacun connait la force de la répression française, le caractère multiforme de sa domination : fermeture de l’Università, francisation à outrance, renforcement des systèmes de clientèle qui ont un point commun essentiel, constitutif de la relation de la domination franco-corse : la soumission totale et inconditionnelle au colonisateur. La lutte pour la réouverture de l’Université de Corse est indissolublement liée à la lutte pour l’émancipation nationale : fermeture après Ponte Novu , silence mortel pendant deux siècles  puis   revendication dès 1960  et réouverture en 1981, donc après 20 ans de luttes sévères !!! Les faits sont récents : depuis l’amorce de la revendication par les étudiants de l’Union Corse, à Paris, la lutte sur le terrain a été essentiellement assumée par l’Arc – créée en 1967 – et prolongée par les Ghjurnate di l’Università d’Estate, en 1973, organisées par Jean Jacques Albertini et une équipe de militants, sous la houlette fraternelle du remarquable Professeur Fernand Ettori. Les étudiants corses à Nice ont joué une rôle important dans cette évolution, en liaison avec l’Arc. La densité et l’intensité des luttes sur le terrain, dans l’ile et la diaspora, sont jalonnées par les manifestations violentes dans le Fiumorbu, contre la colonisation des terres, et des richesses touristiques,  les Boues Rouges, Aleria, la lutte contre le Schéma d’Aménagement de la Corse, la défense de la langue ; nul n’a oublié le combat contre l’Officine de Barbouzes de Francia et Bastelica-Fesch, la mise en cause de la Légion étrangère après les assassinats de Bustanicu, la revendication permanente pour assurer la survie et le développement de la langue corse. Le Statut de 1982 a été lui aussi imposé par les luttes légales et clandestines. L’Etat et le clanisme, ligués, avaient une hostilité totale à la réouverture qui a été arrachée par les luttes populaires ; ils y voyaient -  et ils avaient raison- la création d’un foyer de contestation de la colonisation. Mais, ces actions n’auraient pas de sens si la réouverture  de l’Université nationale ne consistait qu’à glorifier le passé militant et si elle ne se prolongeait pas par une nécessité d’évidence. Deuxième pilier : L’Engagement. Filles et Garçons sont ici depuis 1982, pour se former, se cultiver, apprendre, se préparer. C’est la mission essentielle de l’Université. Plus de 20 000 jeunes s’y sont formés, en ayant acquis savoirs, diplômes, et emplois, trop souvent malheureusement hors de Corse ;  mais une autre mission est consubstantielle de notre Histoire, de notre devoir : jamais le peuple corse – Corses d’origine et Corses d’adoption – communauté de destin dans la Nation, n’a été aussi radicalement menacé dans son existence propre : * par une démographie anémiée, *par la vente  des terres et des maisons, * par l’aliénation de sa culture et la  déperdition de sa langue * par une  économie médiocre * par une société encore trop archaïque et ligotée dans les filets du clientélisme. Le devoir : pour les enseignants , pour les étudiants , c’est avant tout de remplir leur devoir respectif d’enseignement et formation mais c’est aussi   c’est d’impulser, de renforcer la lutte d’émancipation, de démocratisation, de justice. L’Histoire a des renversements forts : la Tunisie, l’Egypte se sont émancipées. Et pourtant les dictatures semblaient invincibles !!! Enfin, mais il s’agit d’un domaine qui mériterait une étude à part, l’Université Pascal Paoli ne peut échapper à la critique et l’autocritique : quel est le bilan de son action ? qu’a-t-elle apporté la Corse ? Que peut-on attendre des orientations choisies ? Il est indispensable de laisser l’Histoire être écrite aussi par celles et ceux qui ont contribué à la faire. C’est une exigence de vérité et de justice pour la Corse. Dr Edmond Simeoni


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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