Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Tryptique : la Corse qui résiste

Rédigé le Lundi 26 Janvier 2009 à 11:01 | Lu 193 fois



Il est nécessaire, à certaines périodes d’une démarche politique qui s’étale sur des décennies, d’observer une pause intellectuelle ; pour se remémorer les innombrables données, dont certaines sont séculaires, les organiser dans les thématiques et les périodes, approfondir les différentes problématiques, écouter et comparer les opinions, en tirer les multiples enseignements.Toutes ces conditions sont nécessaires à l’établissemnt d’un diagnostic, - sans doute approchant de la vérité - et à la recherche de solutions qui font nécessairement appel, in fine, à la concertation et à la synthèse démocratiques les plus larges. Je pense que la « Corse qui résiste, la Corse qui gagne «, thèmes de base de la dernière Journée mondiale de la Corse, heureusement complétées, pour la circonstance, par « la Corse qui s’interroge, hésite et peut perdre » doivent essayer de répondre modestement à nos interrogations actuelles et ainsi contribuer à éclairer notre paysage politique. I) La Corse qui résiste La géographie la prédétermine peut-être et en tout l’annonce ; ce territoire insulaire hérissé de pics, couverts de forêts et de maquis, tailladé par des vallées juxtaposées, veiné de torrents impétueux, à la fois protégé et menacé par la mer, n’était propice ni à la monotonie, ni à la mécanisation de ses maigres plaines, ni à une paisible mise en valeur ordonnée ; le caractère fier et rebelle de son peuple est , à l’image du relief insulaire, antinomique de la soumission. Le cadre naturel de la dramaturgie corse et de la passion est en place. Où, quant et comment s’est manifestée et se manifeste la résistance de la Corse ? Dans de multiples domaines : 1°) L’Histoire La géostratégie, si elle a moins d’importance aujourd’hui, avec l‘évolution technique des armements, a joué u rôle majeur dans notre Histoire ; notre terre fut convoitée de tous temps, y compris du temps de la colonisation romaine ( 259 avant JC). Victime des agressions des pirates barbaresques au quinzième siècle, la population résistait aux prédateurs ; puis les grandes puissances – l’Angleterre, la France, Gênes - avec leurs appétits hégémoniques, se livrèrent à des guerres incessantes et à des manœuvres diplomatiques pour s’en emparer. * Déjà en 1358, Sambucucciu d‘Alandu dirige la révolte populaire ; Existe-t-il un exemple plus démonstratif que la vie du patriote Sampieru Corsu (1498-1567), chef politique et homme de guerre qui lutta, au service de la France contre les prétentions de Gênes. * Puis la tutelle génoise Gênes qui, depuis 1378 et pendant quatre siècles, caractérise la main mise multiséculaire sur la Corse qui ne s’en accomoda jamais ; d’opposition larvée aux révoltes fiscales, elle généra l’opposition où le peuple, le clergé, les théologiens firent mûrir la révolte nationale en 1758 dont Pasquale Paoli fut la figure emblématique. Que reste-til aujoud’hui, dans notre société, de la très longue présence gênoise, mis à part les tours littorales et un fond d’archives important dans la grande cité ligure ? Peu de traces du colonisateur. La culture indigène est vivace et peu propice à l’assimilation. * Patriote et legislateur , hommse de culture et des Lumières, père de l’indépendance nationale , de 1755 à 1769, Pasquale Paoline perdit en 1769 , la bataille à Ponte Novu, contre le Roi de France, à l’apogée de son puissance. Le rouleau compresseur de l’intégration à la France, utilisant toutes les armes de la coercition, de la francisation, de l’éradication systématique de la langue mais aussi des récompenses, des promotions, de la sécurité, de l’emploi a toujours visé à dissoudre la nationalité corse ; l’absence totale de développement, économique, assise sur une centralisation féroce et un système politique clientélaire n’ont pu venir à bout d’une soif permanente d‘identité et de liberté. * Les guerres de 1870 et de 1914-1918 ont confirmé la résistance et le courage de la Corse, certes pour des politiques et des conflits qu’elle n’avait pas choisis mais dont elle était conjointe et solidaire. * Le conflit mondial de 1939-1945, a attesté des mêmes vertus, face au nazisme et au fascisme. La Résistance corse s’est illustrée brillamment dans cette lutte. 2°) La Corse contemporaine (1950 - 2009) : Elle porte incontestablement témoignage de la capacité de résistance de la Corse ; démunie, faible, pauvre, elle a dû affronter l’Etat français qui refuse obstinément d’admettre l’identité de notre peuple et son droit imprescriptible à vivre libre. L’examen rapide, non exhaustif, de différents domaines montre cette allergie à la soumission et cette aptitude à la résistance : • La culture et la langue ont survécu en dépit de la guerre féroce qu’on leur a imposée. Même la discrimination de la Loi Deixonne, en 1957, a été surmontée. • La terre a toujours été défendue soit dans la colonisation de la Côte orientale en 1962 par la Somivac et par la Setco soit lors de l’échec du funeste Schéma d’Aménagement en 1970. • Les avantages fiscaux – Arrêtés Miot - ont donné lieu à une bataille incessante depuis 1955. • L’Etat a été mis en échec lors de la tentative de créer une base nucléaire à l’Argentella en 1960 ; ainsi que dans sa volonté de maintenir la Corse dans la « Région Provence Côte d’Azur ». • Les Corses ont défendu et sauvé leur réseau ferré. • L’Environnement a connu sa première lutte, victorieuse en 1973 (affaire des Boues Rouges). • L’absence totale de démocratie ( fraudes électorales, clientélisme….) a été combattue avec vigueur et a obtenu des résultats ( suppression du vote par correspondance). • La violence politique, même si on désapprouve ce type de lutte, a prouvé l’engagement militant du Flnc depuis 1976 ; soutenu par le mouvement indépendantiste, il a affronté une répression dure, à une justice d’exception, il a défendu avec opiniâtreté la terre et le peuple corses. • Le mouvement autonomiste qui, depuis 1967, a, avec d’autres nationalistes, affronté la politique des barbouzes de Francia, a été présent sur tous les fronts (Université, langue, ruralité, développement économique……). • L’évolution institutionnelle de 1981, arrachée à François Mitterand, n’est pas dûe au système politique corse mais aux luttes incessantes des militants. Quel pas pour un Pays comme la France, inventeur du centralisme et adepte du colonialisme ! ! ! • Si on ajoute, le courage et la dignité témoignés dans le drame de Furiani en 1992, les protestations publiques massives contre la violence (Affaire Erignac en 1998), les mobilisations des syndicats, des agriculteurs, des commerçants, on voit se dessiner une Corse combattive, rebelle à la politique du fait accompli et refusant de courber l’échine. • Les luttes actuelles centrées sur le développement, l’emploi, le foncier, la culture, la protection du littoral, où se distinguent les organisations écologiques, le refus du Padduc, le recul de l‘Etat sur l’Incinérateur - dû surtout à la pugnacité des femmes - confirment la capacité de révolte insulaire. Conclusion : La démonstration est probante ; rapportée à sa faible population et à son économie, la Corse témoigne d’une vigueur et d’une constance contre l’arbitraire incontestables et d’une aspiration historique à la justice ; il s’agit de traits marquants de sa personnalité collective.


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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