Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Lettre aux jeunes corses - Lettera à i giovani corsi

Rédigé le Dimanche 12 Novembre 2017 à 11:28 | Lu 4314 fois


J’ai voulu m’adresser à vous parce que notre Pays arrive à un carrefour important de sa vie collective. Je voulais vous proposer la relecture d’un texte que j’ai écrit en Novembre 2015 et qui n’a pas pris une ride. (Lettera à i giovani corsi - Lettre aux jeunes corses).
Cet exercice accompli, je vous donnerai mon analyse actuelle pour faire la transition et susciter votre réflexion et je l’espère votre engagement, non pas dans le choix d’une une option, nécessairement partisane, mais au service de la Corse, dans la diversité de vos choix, sur les bases de la démocratie.


 
I°) Lettera à i giovani corsi   6 di Nuvembre 2015
Lettre aux jeunes corses.
 
 
A giuventû, in ogni tempu, paga caru i sbaglii chi a sucetà face ; in Corsica é altro. Basta à ramintassi Ponte novu in 1769  induve a putenza culuniale ci ha stirpati é sottumessi ; à ramintassi u sfragelu di 14-18 chi a tumbatu 12.000 omi, spessu giovani,- parenti di tandu é per l’avvene- é ferritu dicine di millaie di persone.
L’après-guerre en Corse fut terrible car la terre, en déshérence, avait perdu les paysans, les bras, la force de vie et de régénération ; la France avait toujours négligé la Corse, n’y avait organisé aucun développement ni économique ni d’infrastructures.  L’issue était inévitable : la déprise rurale a conduit nos parents sur les chemins de l’exil – 300.000 habitants avant la Grande Guerre- per stantà u so pane, in Francia é ind’è e culunie, oghje sparite, tandis que la clanisme, bien en place depuis les Génois, enraciné dans l’amitié, la parenté, l’entraide et surtout le besoin, devenait une institution, omniprésente, médiocre mais inévitable.
Soumis à l’Etat, indifférent, colonial, - source exclusive de tous les pouvoirs-, le système de clan a géré la pauvreté, aliéné les consciences, enchaîné les Corses, nivelé la société par le bas. Le non-droit et la fraude sont devenus la règle.
 Et si dès 1950, la Corse a commencé à entrevoir le développement avec les Trente Glorieuses, avec la Somivac et la Setco en 1957, elle a, en 1962, accueilli 17.000 Rapatriés dont la moitié d’origine corse. Le traitement maladroit et inégalitaire de cette immense crise, avec des côtés bénéfiques (augmentation de la population et des investissements),  a créé des problèmes inutiles et graves, sur un fond de contestation, de sous et de mal développement.
Vous connaissez la suite : la révolte, dès 1960, dans l’affaire de l’Argentella puis la naissance de l’Arc en 1967, les Boues Rouges en 1973, Aléria en 1975, le FLNC en 1976, les Barbouzes de Francia dès 1977, Bastelica Fesch en 1980, nous ont fait entrer dans une période de répression, de développement mal maîtrisé, de répétition de Statuts, inefficaces, frileux, assis sur la domination claniste et l’absence de démocratie (fraude électorale institutionnalisée et démentielle). La France a confirmé, démontré qu’elle n’admettait pas l’existence du peuple corse et qu’elle était certaine que le temps jouait contre notre identité collective et la maitrise de notre patrimoine ; elle a donc choisi une stratégie dilatoire d’épuisement, de  délitement de notre communauté.
Les faits sont brutaux : la Corse est une terre de pauvreté – INSEE- , de précarité, de spéculation, de violences criminelles, d’absence de démocratie et de faiblesse du développement. Or cette terre a des ressources naturelles et humaines majeures, une épargne conséquente -10 milliards d’euros d’épargne- un peuple courageux, ici et dans la diaspora. La France et le clanisme, son allié structurel doivent assumer seuls l’état préoccupant de note Pays qu’ils ont cogéré sans partage depuis Pontenovu ;  le peuple corse lui-même n’étant pas cependant exempt de reproches.
Nous avons pris conscience, dès 1960, de cette situation et jeté, avec d’autres, les bases de l’analyse de la situation coloniale de la Corse ; nous avons, avec notre lot d’erreurs, impulsé ou accompagné toutes les luttes économiques, sociales et culturelle pour empêcher, enrayer les méfaits du colonialisme. Sans la passion, le courage, la ténacité et les sacrifices des militants nationalistes, sans l’implication de nombreuses forces de progrès et le soutien de la diaspora, sans le Riacquistu qui a redonné vie à notre culture, sans les forces écologiques qui ont apporté une contribution décisive à la protection de la terre et des rivages, le peuple corse serait mort et enterré. Depuis longtemps.
Il est nié  reste très menacé dans son existence, son patrimoine, sa culture mais il a des richesses qui lui permettent de construire un avenir prometteur.
 Nous avons, surtout vous avez, l’occasion de détruire, sans violence aucune, tous les liens de la sujétion. Le peuple corse a un droit imprescriptible à la vie, à la  liberté, à la maîtrise de son destin, à la démocratie, à la paix. Il sera libre parce que sa démarche est conforme à l’Histoire et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il se développera dans le cadre de la Méditerranée et de l’Union Européenne
La Corse a un besoin vital de sa jeunesse, de ses filles et garçons, de ses jeunes enfants dont plus de 40.000 à l’école primaire, pour s’émanciper et construire la Nation. Elle sera au rendez-vous, j’en suis certain, parce qu’elle partage avec toutes et tous, Corses d’origine ou d’adoption, Corses d’ici ou de la diaspora, cette passion de l’île, cette exigence de liberté et de dignité, sa soif d’humanisme qui, adossées au Droit, ne peuvent que triompher. Dumane….

Dr Edmond Simeoni
6 di Nuvembre 2015
 
 
2°) Lettera à a Giuventù corsa
Lettre à la jeunesse corse 14 Novembre 2017

 
La situation politique de l’île et en particulier son climat ont changé, depuis 2 ans ; et pourtant, les institutions sont identiques avec un statut frileux et insuffisant. Pourquoi ? Tout simplement parce que les nationalistes  ont accédé à des postes de responsabilité, où ils agissent en toute liberté par rapport à la tutelle coloniale de l’Etat.
Alors qu’auparavant le système claniste, qui a ruiné la Corse, était la simple courroie de transmission, séculaire,  des exigences de Paris, qui dictait, imposait sa politique en Corse.
 Ce qui a changé : en effet, nous avons gagné démocratiquement la Mairie de Bastia en 2014 ; puis la CTC en 2015 et 3 sièges (sur 4) aux législatives de juin 2017. Il faut noter que en Mars 2017, le Président de l’Exécutif,  a été élu à l’unanimité,- gage de confiance-  , Président de la Commission des îles de la CRPM (Conférence des régions périphériques maritimes),   afin  de faire adopter des mesures spécifiques pour compenser les handicaps liés à la distance, au caractère montagneux etc.
  • En 2 ans de mandat, l’Assemblée de Corse, (Président Jean-Guy Talamoni) et le Conseil Exécutif (Président Gilles Simeoni) ont déjà impulsé une politique nouvelle sur la base de la démocratie, de l’éthique et de la transparence. La priorité a été donnée au redressement d’une situation financière catastrophique, de la remise en ordre de l‘Institution ; elle a engendré de multiples succès ou pris des initiatives : en matière, notamment,  de transports maritimes, de lutte contre la précarité, du soutien aux entreprises, des Arrêtés Miot, de la défense de l’intérieur, Un nouveau cadre d’action pour la politique culturelle et patrimoniale, la politique en faveur de la jeunesse, et la création de l’Assemblea di a Ghjuventù etc. (Vous pourrez consulter le bilan de cette courte mandature de 2 ans dans notre document de 4 pages - Pè a Corsica -  que vous pourrez voir avant la fin de la semaine sur tous les réseaux).
Aujourd’hui, nous sommes à l’orée d’une élection territoriale majeure les 3 et 10 décembre 2017 et de la prochaine création de la Collectivité Unique, qui signe la disparition de l’institution départementale et l’inclusion des 2 départements dans la nouvelle institution.
Vous avez le privilège de vivre une période importante, déterminante,  de l’Histoire de la Corse et de notre Peuple et je l’espère, d’en devenir les acteurs. Tout dans ce Pays doit être repensé et le plus souvent réformé, par une révolution claire, bien agencée et surtout pacifique :
  •  Il est indispensable, vital et prioritaire de substituer la démocratie, l’éthique, la responsabilité, la solidarité sociale au clanisme opaque, inefficace, fossoyeur du civisme. Il ne peut y avoir aucun compromis sur ces plans.
  • Votre rôle sera important, au sein de la société civile,  dans la conception, l’organisation, le fonctionnement de la nouvelle société qui reposera beaucoup aussi, sur l’éducation et la formation, ainsi que sur la création d’un développement économique, naturellement durable et plus équitable.
  • Mais la tâche la plus complexe sera la transition – sans rupture-  entre une économie en panne ou mal orientée, une société trop souvent archaïque et déresponsabilisée, vers la création progressive et concertée d’un projet de société qui fasse appel, outre les valeurs d’humanisme et d’éthique, à tous les éléments de la modernité (NTIC, ENR, économie de la connaissance, requalification du tourisme, passage progressif à l’agriculture biologique, rôle essentiel de la prévention en matière de santé, généralisation du sport ,  d’une bonne hygiène de vie, de l’apprentissage, de la culture , du dialogue et  de la médiation et non pas l'utilisation de la violence etc.).
La Corse par ses immenses atouts, (10 milliards d’Euros d’épargne, richesses naturelles et humaines majeures tant dans l’île que dans la diaspora, sa volonté de liberté – attestée par des siècles de résistance contre toutes les agressions – et d’identité , faite de tolérance et de partage…) , peut et doit construire un Pays neuf, moderne, ouvert.
Par votre âge, vous avez le privilège d’être en première ligne pour cette tâche exaltante. Elle ne nécessite pas de s’inféoder à un quelconque parti ou mouvement,-fut-il le nôtre-,  de souscrire à une quelconque idéologie, de vous caporaliser ; l’essentiel est de souscrire à un socle de valeurs - la démocratie, le travail, la solidarité-  qui transcende les options partisanes, vous ouvre sur le monde, en citoyens et citoyennes responsables.
Depuis le début de la lutte contemporaine et toute ma vie, j’ai eu confiance en la Corse, en la légitimité de sa lutte pour la liberté, en son émancipation. J’ai confiance dans la jeunesse et en général dans le Peuple Corse,  pour donner à sa terre un destin de développement, de paix et de fraternité avec tous les peuples.
Quel que soit votre choix, impliquez-vous, débattez, partagez ; c’est l’heure de l’action.

Dr Edmond Simeoni
14 novembre 2017
 
 
 
 
 


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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