Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure



La France en Corse : le rocher de Sisyphe

Rédigé le Dimanche 9 Avril 2017 à 19:28 | Lu 2195 fois



La France en Corse : le rocher de Sisyphe

La légende dit : «  Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné, dans le Tartare, à faire rouler éternellement jusqu'en haut d'une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet (Odyssée, chant XI) ». (Wikipédia).
Plus personne dans l’île et au-delà n’ignore aujourd’hui la réalité de la Corse, cette île de Méditerranée que la nature a comblé d’atouts naturels remarquables ; ses sites- reconnus et visités-, ses rivières, ses lacs, ses rivages, ses forêts, ses montagnes – plus de cent sommets dépassent les deux mille mètres- ; et aussi son peuple, avec sa culture originale, dont l‘origine se perd dans la nuit des temps et dont la science a démontré, depuis longtemps, que nos ancêtres n’étaient pas les Gaulois, comme l’affirme, avec aplomb, la doxa officielle. La fable d’une Corse pauvre, incapable, - la théorie coloniale- a vécu car elle recèle, ici et dans la diaspora, tous les ingrédients du succès (ressources humaines, techniques, financières...).
Ce peuple a une caractéristique évidente, incontestable ; il est allergique à la férule, à la domination ;  la rébellion, la résistance sont consubstantielles de son existence ; les Barbaresques l’ont éprouvé ; les Romains, Pise, et surtout Gênes, puis la France ont subi la révolte, chronique tandis que l’agression fasciste, en 1939, a confirmé que le peuple avait une soif inextinguible de liberté,  de dignité, de vie.
La France des Capétiens depuis mille ans façonne une France – hier atomisée et aujourd’hui unitaire- par la combinaison éprouvée, intelligente, efficace des armes de la contrainte, de la guerre, de la séduction, de l’empathie, de la culture, de l’économie,  de l’attractivité que lui valent – en dépit de la tâche politique dans son parcours de l’esclavage et de la colonisation-, une histoire prestigieuse et une aura dont il faut ne pas méconnaître ou sous-estimer l’importance ; même si, depuis vingt ans, l’image se dégrade régulièrement pour aboutir, malgré des atouts majeurs, à la situation actuelle faite d’interrogations, d’incertitudes, de dangers, de désunion sociale, de doutes, de l’affaiblissement de sa démocratie et de son économie.
La contestation corse contemporaine a commencé il y a cinquante ans et la France, connaisseur en la matière, en a compris d’emblée la nature, les racines historiques car elle n’a pas oublié la résistance héroïque de la Corse vaincue à Ponte Novu en 1769 ; défaite inévitable compte tenu de la disproportion des forces en présence. Certaine que le temps jouait contre le peuple corse, son identité et la propriété de sa terre, elle a alterné une politique de séduction, de répression et surtout de tactique dilatoire ; nous serons bientôt au quatrième Statut en quarante ans ; frileux comme ses prédécesseurs, qui ont été livrés au système claniste de clientèle, l’allié objectif de l’Etat, ils ont échoué à faire de la Corse- abandonnée historiquement et dont la ressource humaine a intéressé l’Etat surtout pour les guerres, et  la fonction publique métropolitaine et coloniale- une terre de démocratie, de développement, de justice.
Si dès le premier Statut de 1982, la France avait réellement voulu un changement dans l’île, elle y aurait de façon concomitante, introduit la démocratie et déraciné le clan ; la donne aurait été changée. Au contraire, elle a appuyé le clanisme le plus rétrograde pendant quarante ans et ils portent ensemble, une large part de la lourde responsabilité de la situation qui a conduit à la violence et à la dégradation insulaire sur tous les plans. Ce qui éclaire et explique le choix cynique par l’Etat d’une politique dilatoire, inefficace et vouée à l’échec.
Les luttes du peuple corse, de différentes sensibilités de progrès, depuis 1960, ont sensibilisé les Corses de l’île et de la diaspora à la situation réelle de la Corse ; les victoires des élections municipales à Bastia en 2014 et des  élections territoriales en Décembre 2015, ont ébranlé le système colonial et claniste ;  aujourd’hui la Corse se prend à espérer. L’émancipation est inéluctable, à terme. L’Europe comporte plus de 80 statuts d’Autonomie et 300 millions d’européens vivent dans le régionalisme et le fédéralisme politiques, sans heurts.
A chaque élection présidentielle, nous serions condamnés à expliquer aux nouveaux dirigeants la « Question corse » et les véritables solutions. Le jeu est faussé car la France n’e cherche pas à solutionner le problème qu’elle dilue dans le temps et les faux-semblants ; elle veut simplement gagner du temps et spécule sur notre lassitude, la décorsisation de l’ile, de sa culture et de son patrimoine. Calcul dérisoire qui échoue , depuis quarante ans, malgré  un système colonial bi-séculaire né de la force militaire puis longtemps accepté par la population.
La situation est limpide ; ou le nouveau Président de la République accompagne la naissance proche de la Collectivité Unique,- impropre à résoudre notre problème- et la dote des moyens indispensables à son succès, dans une démocratie rénovée et vivante ; puis, immédiatement, il entame avec le peuple corse de l’Ile et de la diaspora un véritable dialogue pour construire ensemble – avant la fin de la prochaine mandature- un Statut d’Autonomie Interne, respectueuse des intérêts légitimes des parties. L’Etat garderait les fonctions régaliennes ( Affaires Etrangères et  Défense Nationale), les autres compétences étant transférées à un peuple corse, reconnu dans son existence et dans ses droits, inscrits dans la Constitution française. La porte serait alors ouverte, par le dialogue et la validation référendaire, à la création d’un nouveau lien avec le pouvoir central et avec l’Union Européenne. Dans le cas contraire, la lutte va s’amplifier et la liberté couronnera, in fine, l’émancipation nationale, conforme au Droit international. La balle est dans le camp de l’Etat et il a le choix, sans atermoiement. Nous sommes prêts au dialogue ou à la lutte.
Ajaccio le 9/04/2017
Dr Edmond Simeoni


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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