Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure



Henri TOMASI ou : «A forza di u destinu»

Rédigé le Lundi 21 Mars 2016 à 10:04 | Lu 333 fois



« Nul n’est prophète en son Pays » une fois encore, ici l’adage se vérifie pour ce qui concerne  Henri TOMASI, musicien, compositeur et grand chef d’orchestre « classique », aux talents reconnus à son heure dans le monde entier et qui en dépit de sa célébrité d’alors, restera de son vivant, pratiquement ignoré dans son ile…

Cet « Homme du vingtième siècle » figura pourtant partout  où il était question de musique, au tableau d’honneur des grands compositeurs de son temps aux cotés de Darius MILHAUD, Francis POULENC, et Maurice RAVEL …. ! Fait unanimement reconnu.

Il faudra la quête incessante de son fils Claude, pour que, 30 ans après sa mort, la Corse, daigne enfin en Aout 2001, honorer la mémoire d’un de ses fils les plus prestigieux. En 2004, la ville de Bastia donnera son nom a une de ses rues et, le Conservatoire de Corse porte le nom d’Henri TOMASI et ce n’est là que justice pour celui qui en 1967, justement parce que la Corse n’avait ni conservatoire ni Université refusa l’octroi de la Légion d’Honneur.
Respectant les dernières volontés de son père, Claude TOMASI le 11 Aout 2001, ramènera ses cendres à PENTA DI CASINCA, berceau de sa famille ; Elles reposent dans le vieux cimetière, face à la mer Thyrénéenne, dans la concession familiale de son cousin X .BELGODERE.
Henri TOMASI ou : «A forza di u destinu»

Là, une stèle rappelle : « Henri TOMASI – 1901-1971 » et un texte souligne : « En cette terre de Casinca, berceau de ses ancêtres, reposent les cendres de l’un des plus éminents compositeurs et chefs d’orchestre du XXe siècle, son œuvre musicale sut glorifier la Corse et magnifier les textes des plus grands écrivains » 

Et, pour mieux souligner encore le caractère et l’ancrage profondément méditerranéens toujours affichés avec constance  tout au long de sa vie et de son œuvre par le grand homme, figure aussi sur l’épitaphe : « Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été inoubliable ; O lumière ! O vibrante lumière ! »

La phrase est extraite de l’œuvre « l’Eté » de CAMUS et que sous le titre « Retour à TIPASA », H TOMASI, à la fois admirateur de l’auteur et impressionné par les ruine romaines du site, avait  célébré  par une de ses prestigieuses compositions musicales en 1966.

Parlant de son ile, H TOMASI précisait : « C’est à la Corse, Pays de mes ancêtres que je dois la part notable de mon inspiration et de mes colorations orchestrales (…)il poursuivait : « la Corse, la vraie Corse, reste encore à découvrir par les librettistes qui ne croient pas seulement aux bandits en escopettes, et par les musiciens qui ne se contentent pas d’une chanson populaire, pour exprimer le tréfonds de l’âme d’une race antique, indépendante et fière comme la nôtre. Il faut avoir la Corse dans le sang, pour avoir le pouvoir de la chanter. »
C’est à son père, mélomane et homme de caractère, qu’H TOMASI  doit, son orientation artistique. Savériu TOMASI, né à PENTA le 30 mars 1876, encore jeune berger, fut, comme tous les Corses formant la diaspora, contraint à l’exil,  faute d’avenir sur l’ile.

 Débarquant à Marseille, pour y exercer le métier de facteur des  Postes, il obtint en 1897, un premier prix de flute au conservatoire de la ville. En 1912, il publiera  alors, en précurseur,  sous le titre « CORSICA » le premier recueil des chansons de l’ile Harmonisées. Celui-ci sera suivi en 1933 par un ouvrage plus complet : « Les chansons de Cyrnos » préfacé alors par l’historien Paul ARRIGHI . A cette même époque, il composa aussi « A canzona di u mio paèse » hommage à sa terre natale de PENTA et que nos amis A CIOSI et FELI, avec le talent qui les caractérise, inscriront à leur répertoire bien des années plus tard.

Henri TOMASI ou : «A forza di u destinu»
H .TOMASI, puisa certainement dès son plus jeune age son inspiration musicale dans l’œuvre de son père, homme réputé d’une sévérité extrême et qui n’hésita pas à contrarier la volonté de son fils de devenir marin !! Mais, « ziu Savériu » fit la néanmoins preuve d’un réel discernement, le musicien qu’il était, avait sans nul doute discerné chez « Henri » ses réels et prometteurs non démentis talents !!! Sans doute faut-il voir là : »A forza di u destinu » !!!!

L’œuvre musicale d’Henri TOMASI est d’une importance telle qu’elle excède et de très loin, le cadre de notre modeste hommage. D’un premier prix de piano a onze ans, au conservatoire de Marseille, il se verra décerner en 1927 le grand prix de ROME et ce face à d’autres musiciens de grand talent.
Sa prestigieuse carrière est jalonnée  de multiples œuvres instrumentales, scéniques, vocales, dont nous retiendrons parmi les plus remarquables : « Don Juan de MANARA, Le silence de la mer (texte de VERCORS), l’Atlantide, le triomphe de Jeanne, François d’Assise, Ulysse ou le beau voyage, retour à TIPASA, la symphonie du Tiers Monde (hommage à BERLIOZ) et, SAMPIERU CORSU, dont il confiera au talent de G FUSINA, la traduction en Langue Corse.

 La Corse de 1925 à 1971 aura droit à 21 œuvres remarquables, dont il faut souligner « U Diu Salvi Regina » orchestré pour chants et orgues et variations grégoriennes  qui sous le titre : « les fanfares liturgiques » sera interprété sur les plus grandes scènes du monde  frappant faut- il le souligner,  le cœur des hommes par leur intensité musicale.

 De nos jours encore, les œuvres de H TOMASI, figurent au répertoire des plus   grands interprètes musicaux de notre époque et nous ne saurions ici conclure pour en témoigner sans citer le prestigieux Alexandre LAGOYA qui disait en 1987 : « H TOMASI est un des derniers compositeurs à avoir fait chanter la musique !!! »

En 2008, les Editions ALBIANA, publièrent sous la plume de Michel SOLIS et sous le titre «  Un idéal Méditerranéen : Henri TOMASI » un ouvrage complet détaillant la vie et l’œuvre du grand compositeur.et qui ne manquera pas d’intéresser un large public de mélomanes ou de profanes.

A PENTA di CASINCA, sur la fameuse « teppa » sur laquelle fut fondé a l’origine le village, et illustrée en 1951 par Odette CAMP aquarelliste de talent et épouse du musicien ,une stèle rappelle ses origines « casincaises »

Reste à espérer à présent que parmi tous les concerts du mois d’Aout en Corse, soit un jour organisé, un festival H TOMASI, la Corse lui doit bien cette reconnaissance.

Edmond SIMEONI Mars 2016


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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