Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


Boues rouges

Rédigé le Jeudi 21 Février 2013 à 15:38 | Lu 808 fois



Boues rouges
Ayant  le privilège d’être engagé depuis des décennies dans la lutte d’émancipation nationale, fertile en évènements majeurs, j’en suis à la fois un acteur et un témoin. Souvent, je réfléchis à l’image de la Corse contemporaine et de ses luttes qui sera laissée  aux générations futures ; l’observation et l’analyse me laissent perplexe, à travers des faits précis.
 
L’Université a fêté, en 2012, ses trente ans, dans la joie, avec des images, des commentaires riches de réalités objectives ; pourtant, a largement fait défaut, le récit des confrontations politiques sévères, féroces, étalées sur une décennie, où l’Arc était très impliquée : manifestations, pétitions, tracts, meetings en Corse et en France, ont mis en cause le système claniste, opposé à cette Université, génératrice d’émancipation et l’Etat français, qui ayant fermé en 1769, après Pontenovu, l’Université de Corse, matrice de l’insurrection nationale, n’entendait pas créér un outil  au service de la quête de la liberté.
 
Les reportages, les interviews n’ont surtout pas contextualisé la naissance au forceps de l’Université en 1982, dans son environnement de luttes,- pour la terre, pour l’identité, contre la légion étrangère, pour la démocratie- de violences, de revendications. Regrettable.
 
De même, la relation récente par FRIII de la révolte des Boues rouges, en 1973, me faisait penser à un ersatz : un épisode quelconque d’un évènement qui s’estompe. Jacques Fusella, patron des pêcheurs, très engagé lui-même avec la profession, a fait des commentaires pertinents. Mais ici encore, on n’a pas interrogé Denise Viale, l’Universitaire militante, les membres du « Collectif contre les Boues rouges » qui auraient situé le contexte, expliqué les réunions fiévreuses et quotidiennes au Marché, les manifestations, l’occupation de la sous-Préfecture, les sanctions,  la journée « Isula Morta », les réunions publiques d’Aiacciu à Macinaggiu et sur le continent. Il eut été essentiel d’entendre José Stromboni qui, en précurseur, avait internationalisé la question et mis en cause, sans ménagement,  la France à Beyrouth.
 
 Toutes ces réactions témoignaient d’une Corse en ébullition, annonciatrice de secousses plus graves ( Aleria en 1975 et dissolution de l’Arc, création du FLNC en 1976 avec des plasticages sévères et nombreux, répression de la Cour de Sûreté de l’Etat, opérations des barbouzes de Francia dès 1977…)
 
Ces remarques ne témoignent pas de l’aigreur d’un vieillard cacochyme, radoteur et prétentieux ; mais tout simplement du désir de voir écrire l’Histoire comme elle s’est déroulée et non pas à travers de raccourcis, des omissions qui en dénaturent la réalité, les enseignements.
 
La France a écrit, de manière partisane, l’histoire d’une Corse vaincue et soumise ; il  est de notre devoir tous et à toutes – témoignages filmés, enregistrés, écrits et témoins vivants ne manquent pas tant en Corse qu’à l’étranger-  de reprendre le fil de notre liberté, en recherchant la simple vérité. Un peuple ne peut pas vivre avec une histoire empruntée ou, pire, écrite par le colonisateur ou encore dénaturée par le temps. Les échéances arrivent….Hè ora.


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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