Le blog d'Edmond Simeoni, militant corse de la première heure


​Aleria : 22 Août 1975- 22 Aout 2017

Rédigé le Mardi 22 Août 2017 à 09:56 | Lu 663 fois


Les armes… et l’adieu aux armes ?


​Aleria : 22 Août 1975- 22 Aout 2017
Après la défaite de Ponte Novu en 1769 où notre Pays, indépendant a sombré et les cinquante ans de répression féroce qui ont suivi jusqu’en 1812, la France a installé dans l’île un système colonial original ; constant et ferme dans ses objectifs, ses principes et leur application- normalisation de la Corse, éradication et dilution de l’identité collective de son peuple, désinsertion de sa terre- par le biais de l’exil, contraint faute de développement, d’une francisation systématique, et d’un système claniste à son entière dévotion, la tutelle a par contre réalisé un tour de force ; elle a gagné le cœur de notre population par sa force militaire, les liens tressés entre les familles, le sang versé en commun, son prestige, son rayonnement, la sécurité qu’elle a installée, le développement économique et le progrès social dont nous avons eu des retombées naturellement.
Les guerres nationales, surtout 14-18 et sa terrible saignée,  puis celle de 1939-1945 contre le nazisme avec le Général de Gaulle comme figure de proue emblématique, ont créé dans l’île un patriotisme français, très souvent,  quasi-fusionnel.  Le développement de la Corse, amorcé  en 1954, a révélé rapidement le dessein de la France : la mise en valeur sans les Corses qui continuaient à s’exiler massivement. Certains de nos compatriotes, vigilants, ont commencé à être dessillés.
C’est l’honneur du CEDIC d’avoir formulé,  dès les années soixante, la revendication d’un statut d’Autonomie de gestion ; de même que la création d’Arritti, né il y a cinquante ans, a fait entendre la voix de la Corse, en lutte ;  c’est l’honneur des Forces vives ( Comité du 29 Novembre, Capco, Fédération des Groupements Corses de Marseille, Jeunes chambres économiques etc.. d’avoir avancé des revendications économiques et fiscales, d’avoir tiré la sonnette d’alarme, d’avoir protesté comme à l’Argentella, près de Calvi,  en 1960 contre un projet d’installation nucléaire.
C’est l’honneur de l’Arc créé en 1967 puis di a Chjama di u Castellare,  du FRC, puis du PPC d’avoir préconisé une autonomie de gestion dès 1973 où se situe la protestation des Boues Rouges ; mais incontestablement,  Aléria en 1975 est l’élément fondateur de la révolte corse contemporaine.
Il est révélateur :
  • De la Résistance, - constance historique, millénaire, de l’aspiration à la liberté d’un peuple qui n’a jamais accepté définitivement la tutelle étrangère, sans combattre malgré de longs silences, contraints par la domination et la force. Aléria, nous a simplement confirmé que notre mouvance ne pouvait pas réussir son entreprise de décolonisation, par le canal de la confrontation militaire à visage découvert. Ceci explique la naissance inévitable du FLNC, en mai 1976, 8 mois après Aléria.
 
  • Du processus déjà engagé depuis plus de dix ans qui revendiquait le droit à la vie du Peuple corse, une autonomie de gestion, la culture corse, la maîtrise du développement et surtout la renaissance de la démocratie. Et aussi la justice, avec un fondement politique, indéniablement progressiste et humaniste. Tandis que les forces culturelles avaient amorcé en 1970, « le Riacquistu », mouvement essentiel qui a remis, en trente ans,  l’île dans le droit fil de son identité.
 
  • De l’autre grand choc qu’est la création d’une organisation clandestine, indépendantiste, le FLNC Mai  1976, radical, qui utilisera la violence ;  l’enchaînement est connu : la répression, les justices d’exception, la création avec la complicité bienveillante de l’Etat,  de Francia, une officine de police parallèle, qui nous a infligé 60 attentats impunis ;  
 
Il faut insister sur l’octroi à minima, de trois statuts frileux, sur 40 ans et bientôt un quatrième, insuffisant et bancal. Ce dernier choix de l’Etat n’est que la traduction de sa politique dilatoire, pour empêcher le Peuple Corse d’accéder à la liberté. 
 
Août 2017 : Changement majeur
 
En Aout 2017, la situation a changé ; alors que le Statut politique est identique depuis 10 ans. La Corse respire et est entrée dans la voie de l’espoir.  Pourquoi ?
Tout simplement parce  que le système claniste s’est effondré et que des étapes politiques décisives et démocratiques ont été franchies :
  •  Victoire nationaliste aux élections municipales de Bastia en 2014.
  • Victoire aux élections territoriales de la CTC en Décembre 2015.
  • Victoire aux élections législatives de Juin 2017  – 3 députés élus sur quatre.
  • Il est important de signaler,  dans le cadre d’avancées politiques significatives, que le Président du Conseil Exécutif de Corse  a été élu, à l’unanimité, Président de la Commission des Iles de l’UE, gage de reconnaissance et de confiance pour la Corse.
 
Ce qui a changé,  c’est que la démocratie s’impose enfin en Corse, dans la transparence et l’intégrité, - exemples à la clé- à  la mairie de Bastia et à la CTC ;  avec une somme de travail considérable, des résultats déjà encourageants et probants  – les Arrêtés Miot, les transports maritimes…- qui renforcent le soutien, croissant, des Corses de l’île et de la diaspora.
Ce qui a changé, -et c‘est fondamental-, le FLNC a renoncé à la violence clandestine en Juin 2014, ouvrant ainsi largement l’espace à la démocratie et permettant l’accession des nationalistes aux responsabilités de la CTC, puis le résultat positif des élections législatives de juin 2017.
 Nos rapports avec l’Etat sont désormais corrects mais, à présent, à la différence capitale de nos prédécesseurs,  nous gouvernons et nous défendons fermement, mais sans outrance ni dogmatisme, les intérêts de notre peuple alors qu’auparavant, Paris imposait sa politique dans l’île, sans aucun contrepoids ; nous dialoguons avec la Sardaigne, la Catalogne…la Méditerranée… ; nous traitons avec l’Union Européenne sur différents sujets, y cherchons et y trouvons des concours financiers, et économiques, des accords, des solidarités… Nous avons donc aujourd’hui une autonomie de gestion, de fait,  dans des domaines, certes limités et insuffisants.
 
 Tamanta strada… fatta é da Fà  ( quelle longue route faite et … à faire)
Seule une analyse superficielle donnerait à penser que le peuple corse a désormais gagné la partie. La tâche à accomplir est immense, longue, complexe pour :
*Réformer notre Pays et l’aider, avec le concours, partagé, de toutes les femmes et les hommes de notre Pays, avec toutes les forces majeures politiques, économiques et sociales ici et dans la diaspora, à progresser, lentement vers sûrement, dans tous les domaines.
*Pour installer définitivement et  fermement la démocratie et l’éthique, dans le fonctionnement de la société publique et privée, sans aucune compromission, par le dialogue  mais  avec comme socle le respect du droit et de la Loi. Il ne faut jamais oublier que nous avons failli sombrer à cause de l’absence de démocratie et que seule la démocratie pourra sauver notre Pays. Le pluralisme et les alternances démocratiques sont des garanties et les conditions de base d’une société apaisée, plus juste ; de même que l’humanisme est consubstantiel de notre participation au monde dans lequel on vit.
*Pour  changer son comportement collectif, en privilégiant l’intérêt général, la responsabilisation, la gestion de qualité, le développement soutenable, les solidarités. L’éducation, - publique mais aussi parentale- la formation, les nouvelles institutions, doivent y contribuer.
Il y a certes des échéances importantes ; d’abord, le scrutin territorial de Décembre 2018,  une élection n’est pas la guerre- mais la simple validation, essentielle, par le peuple, des idées, des programmes et des hommes en compétition ;  puis, dans le prolongement de ce choix,  le début de la création de la Collectivité Unique de Corse.
Ce principe du libre choix est incontestable et s’applique aussi bien aux élections locales qu’aux éventuels changements institutionnels.
Personnellement, je pense que la Corse a tout à gagner dans la clarté des comportements, de la méthode, dans la tolérance ; c’est le seul débat  pour faire naître une Corse nouvelle, tant revendiquée et tant attendue.
Je pense aussi personnellement  -et ce sera l’objet de la prochaine étape dont nous reparlerons ensuite et ailleurs pour ne pas fausser le débat actuel- que la Collectivité unique est d’ores et déjà appelée, dans un délai raisonnable  de trois à cinq ans, à céder le pas pour obtenir  un Statut d’Autonomie Interne au sein de la République Française et dans le cadre européen. En effet, 250 millions d’européens vivent déjà, sans heurts et dans de bonnes conditions, dans des Statuts d’autonomie et dans le régionalisme ou le fédéralisme politique. L’autonomie est le régime de droit commun dans l’Union Européenne. L’expérience corse est suivie depuis longtemps, avec intérêt et sympathie, ailleurs dans le monde.
J’ai toujours eu confiance dans le Peuple corse – corse d’origine ou d’adoption- vivant dans l’île ou dans la diaspora- dont le concours est et sera vital-  et dans  toutes les forces vives de la population, de la jeunesse, des femmes, des entreprises ( patrons et salariés), de l’Université… ; je sais aussi que nous possédons de grandes ressources humaines, des ressources naturelles considérables, une épargne conséquente ; je sais aussi que nous sommes adossés au droit international pour exiger de vivre en peuple libre et dans la fraternité et la paix avec tous les peuples du monde.
 
Ajaccio le 22 Août 2017
Dr Edmond Simeoni
 
 
 
 


Docteur Edmond Simeoni
Spécialiste de Gastro-entérologie - 78 ans
Marié, deux enfants, cinq petits enfants
Militant de la Corse depuis 1960



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